NUIT DU 4 AOUT
sistible courant tout ce qu'il y a de noble, de désintéressé dans les cœurs. On dirait une Pentecôte dans Tordre purement humain, tant l'effet est soudain et souverain. Rien ne fait mieux connaître notre nationalité française par ses beaux côtés, par ce don de l'élan héroïque, de la générosité prompte et imprudente, par cette puissance sympathique qui communique une même étincelle électrique aux esprits les plus divisés. Peut-être aussi, si l'on avait le courage de la critique discernerait-on quelquesunes de ses imperfections dans cette nuit mémorable, car une si ardente improvisation de réforme avait bien son péril; ce n'est pas ainsi qu'on refait une société ; un bel orage d'été n'y suffit pas. Ce qu'une heure a détruit une heure peut le refaire; une élaboration lente est plus durable car elle tient mieux compte des intérêts légitimes qu'on rend plus vivaces en les froissant. Il y eut à notre sens plus d'une imprudence fâcheuse dans cet abattis d'abus. Mais l'admiration couvre toutes les critiques. La nuit du 4 août révèle tout ce qu'il y avait de foi humaine dans ce siècle incrédule; elle ne diminue pas le regret que l'on éprouve de voir la foi humaine séparée de la foi religieuse , mais elle rend équitable envers une génération dont les descendants paraissent bien indignes, quand on les voit assoupis dans le bien-être et qu'on se demande ce qu'ils ont risqué et sacrifié pour la liberté !
Le clergé tout entier, aussi bien les grands dignitaires que les curés à la portion congrue, suivit l'impulsion générale. La noblesse venait de renoncer à ses privilèges féodaux. De la Fare, évêque de Nancy, se lève et s'exprime en ces termes :
a Accoutumés à voir de près la misère et la douleur des peuples, les membres du clergé ne forment pas de vœux plus ardents que ceux de les voir cesser. Le rachat des droits féodaux était réservé à la nation qui veut établir la liberté. Les honorables membres qui ont déjà parlé n'ont demandé le rachat que pour les propriétaires ; je viens exprimer, au nom des membres du clergé, un vœu qui honore à la fois la justice, la religion et l'humanité. Je demande que si le rachat est accordé, il ne tourne pas au profit du seigneur ecclésiastique, mais qu'il soit fait des