LE CULTE DES THÉOPIIILAXTHROPES
tain nombre, car les apôtres qui sont au pouvoir sont toujours assurés de réussir dans leur prosélytisme. Si le Directoire insista avec tant d'obstination sur le repos du décadi, c'esl en partie pour entraver la liberté d'action du catholicisme au profit de la religion nouvelle. Celle-ci néanmoins, après avoir transféré son culte au jour réglementaire, dut revenir au dimanche, tant la force des habitudes était grande. Les agents du gouvernement aidèrent la secte de toute leur influence. Le ministre de l'intérieur poussa le zèle si loin qu'il fit distribuer gratuitement, dans les départements, le Manuel des théophilanthropes. Des secours d'argent leur furent aussi alloués ; ils en avaient besoin non-seulement pour payer les orateurs mais encore pour dédommager les auditeurs de l'ennui de les entendre. Ils s'établirent dans les environs de Paris, puis à Bourges, à Poitiers et dans l'Yonne où ils fournirent à une administration intolérante l'occasion de persécuter les catholiques. Mais ni les faveurs du pouvoir ni les personnalités marquantes rattachées à la secte comme Goupil de Prefeln, Julien de Toulouse et Bernardin de Saint-Pierre n'empêchèrent cette religion dérisoire de s'affaisser dans le vide et l'abandon. L'arrêté des consuls qui, le 12 vendémiaire an X, ferma les temples aux théophilanthropes leur rendit service en empêchant leur culte de mourir d'inanition. Il était juste du reste qu'un culte qui n'avait vécu que de la protection du pouvoir, tombât par sa défaveur. Il ne répondait ni aux convictions anciennes ni aux passions nouvelles. Cette niaise pastorale était incapable de ranimer les préoccupations religieuses dans la France révolutionnaire, lors même qu'un de ses premiers magistrats avait accepté la houlette des prêtres à robes blanches et à ceinture rose, singulière façon de gagner le pays de Voltaire et de Beaumarchais. C'est l'antique religion que les ardents démagogues s'imaginaient avoir tuée ou flétrie à jamais dans les âmes qui allait leur disputer victorieusement l'influence. En perdant le pouvoir et la richesse et en subissant la persécution au lieu de l'infliger, elle s'était relevée et purifiée et ne prêtait plus le flanc aux terribles accusations qui l'avaient (ant ébranlée aux jours de sa prospérité.