‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 283 sur 373 · TROGRÈS DU CULTE DES INSERMENTÉS · texte numérisé non relu

TROGRÈS DU CULTE DES INSERMENTÉS

Nous avons vu que le mouvement religieux qui se prononça à la fin du siècle fut inauguré aussi bien par le clergé insermenté que par le clergé qui avait franchement adopté la révolution. La barbarie et la multiplicité des mesures de proscription prises contre les réfractaires suffisent pour démontrer combien leur influence était demeurée grande, non-seulement en Vendée où ils étaient le seul motif de la guerre civile, ou dans le Midi où la majorité des populations leur appartenait, mais encore dans les grandes vilLes et particulièrement à Paris. Ils ne cessèrent de célébrer la messe dans d'obscurs réduits, souvent dans une grange ou un grenier. Rien n'était plus propre à ranimer la ferveur que ces difficultés et ces périls. Mille moyens ingénieux avaient été imaginés pour faire parvenir aux condamnés de la Terreur les suprêmes consolations religieuses. Que de fois un simple signe compris des seuls initiés et échangé furtivement avec un prêtre déguisé, apparaissant soudain à une fenêtre ou sur le passage de la fatale charrette, apporta à l'une des victimes désignées les bénédictions de l'Eglise î On se tromperait si Ton attribuait uniquement aux passions politiques cet attachement pour le clergé réfractaire. Il est certain que des adhérents sincères de la Révolution le partageaient. Les lettres inédites de Charlotte Gorday récemment publiées par M. Casimir Perrier révèlent chez la jeune républicaine une vive répugnance pour les prêtres assermentés1. La constitution civile du clergé décrétée par une assemblée politique pouvait à bon droit exciter des scrupules purement religieux, surtout pendant la courte période où elle eut tous les inconvénients d'une religion d'Etat. Il n'est donc pas étonnant que, malgré ses connivences regrettables avec la contre-révolution, le clergé réfractaire eût conservé une immense influence dans le pays. On s'en aperçut dès que le décret du 3 nivôse eut proclamé la liberté des cultes. Sans doute ce décret ne révoquait pas les lois rendues contre les insermentés, mais en consacrant la séparation de l'Eglise et de l'Etat et en abrogeant la constitution civile du clergé, il donnait une grande

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