PROGRÈS DU CULTE DES INSERMENTÉS
latitude à la liberté de conscience. Les interprétations restric tives ne vinrent que trop tôt, comme nous Pavons déjà constaté; les administrations départementales devancèrent les mesures législatives dans la voie de l'arbitraire. Cependant une certaine liberté fut laissée à Fancien clergé surtout dans les villes importantes; il rétablit ouvertement le culte partout où il ne fut pas trop gêné et surveillé. Il maintint son action strictement séparée de celle du clergé constitutionnel et déploya contre lui un zèle souvent amer. Il provoqua et reçut de nombreuses rétractations de prêtres jureurs et ne cessa de poursuivre l'Eglise constitutionnelle par une polémique à outrance *. «Notre correspondance, lisons-nous dans le journal religieux, organe de cette fraction du clergé, est pleine des récits les plus touchants du zèle et de l'empressement des fidèles à rouvrir les temples et à y faire éclater la piété la plus fervente 2. L'empressement extraordinaire qu'ont montré les fidèles de tous les départements pour profiter de la liberté rendue, la joie sainte qu'ils ont fait éclater, estimant que la pompe extérieure qui accompagnait nos sacrifices est bien moins à regretter que la gloire intérieure qui en faisait le véritable ornement, tout montre combien la religion était encore vivante dans les cœurs. Les églises rouvertes sont très simples dans leur décoration. Leur plus beau lustre vient de la piété de ceux qui les remplissent3. » A Paris le rétablissement du culte par les insermentés ne souffrit alors aucune difficulté. L'afïluence dans leurs églises fut considérable aux fêtes de Pâques 1796. Elle parut encore augmenter l'année suivante à la même époque. Deux évêques, celui de Saint-Papoul et de Troyes officièrent pontificalement en toute liberté. Près de trente églises et un nombre considérable d'oratoires furent abandonnés à ce culte naguère proscrit. Il recouvra, le 29 mai 1797, l'église de Saint-Roch. « Hommes, femmes, enfants, pauvres et
1. Voir, sur ce qui concerne le rétablissement du culte par les insermentés, les Annales religieuses et littéraires, plus tard Annales de la Religion, publiées par l'abbé Sicard.
•2. Tome I, p. 378.