CE CULTE SE FUT SUFFI A LUI-MÊME
moins, sans le coup d'Etat du 18 fructidor, les adhérents de l'ancienne Eglise de France eussent célébré tranquillement leur culte en face des Eglises constitutionnelles, en attendant une pacification que la liberté eût opérée bion plus sûrement que les mesures hâtives et arbitraires du despotisme. Déjà en prévision de cette situation nouvelle, le pape avait rendu son bref du 15 juillet 1790 qui recommandait la soumission aux puissances établies et il paraissait approuver implicitement la déclaration de soumission aux lois qui ne pouvait plus inspirer de scrupule religieux depuis que la constitution civile du clergé était mise hors de cause. Le coup d'Etat de fructidor vint tout bouleverser de nouveau et déchaîner la persécution contre les prêtres réfractaires ; mais malgré les lois barbares lancées de nouveau contre eux et de trop nombreuses déportations, ils n'en continuèrent pas moins à célébrer leur culte en secret. Ils comptaient leurs adhérents par milliers et profitaient des intervalles d'apaisement ou de faiblesse qui signalaient le honteux régime auquel la France ne se soumettait plus que par lassitude. Si, au lieu d'être réorganisée par le coup d'Etat de brumaire, elle eût vu se rétablir dans son sein une liberté véritable, une florissante Eglise fût comme sortie des ténèbres ou plutôt de la demi-obscurité qui la protégeait. De ce côté les autels étaient donc relevés; c'était de liberté et non de réorganisation forcée que l'on avait besoin. Les prêtres nombreux qui s'étaient réfugiés à l'étranger et qui vivaient des généreuses aumônes de la papauté ou de celles de l'Angleterre 2 auraient sans doute apporté avec eux plus d'un préjugé tenace, mais rien n'est plus mortel pour les exagérations passionnées que la tolérance, et ils eussent bientôt perdu tout crédit ou bien ils se fussent faits à la France nouvelle, après quelques années d'apaisement. Toujours est-il que les ressources pour l'entretien du culte insermenté ne manquaient pas, et que si la paix eût amené