GRAND CONCOURS DU PEUPLE DANS LES ÉGLISES. 3G
avec zèle à faire connaître Jésus-Christ. Ils exhorteront les fidèles à faire une étude assidue du Nouveau Testament, et ils s'attacheront à rendre leur ministère respectable par leur conduite. » Les cinq évêques firent traduire le beau traité de saint Cyprien De lapsis; il semblait avoir été écrit pour les circonstances du moment. Les réponses vinrent en foule aux encycliques; les évêques et les prêtres demeurés fidèles à leurs devoirs s'entendirent pour relever le culte; selon la coutume de l'ancienne Eglise, les presbytères ou conseils des prêtres de chaque diocèse furent reconstitués pour diriger les Eglises qui avaient perdu leur pasteur et préparer l'élection de nouveaux évêques. Un journal fut fondé sous le nom d'Annales religieuses pour servir de point de ralliement et entretenir de fréquentes communications entre les diverses Eglises. Grégoire eut aussi l'heureuse idée d'établir une société de philosophie chrétienne destinée à répandre de bons écrits consacrés à la défense du christianisme *. Le culte se rétablissait de toute part comme de lui-même, malgré les tracasseries et le mauvais vouloir des autorités départementales. Le réveil de la foi ne fut pas moins marqué au sein de l'Eglise constitutionnelle que dans l'Eglise insermentée 2. Dans la plupart des villes le peuple se porta aux services religieux avec une ardeur extraordinaire. Les temples ne pouvaient contenir les assistants; ceux-ci eussent voulu prolonger indéfiniment leurs actes d'adoration. Les larmes coulaient de bien des yeux. A Sens les travaux furent suspendus et l'on vit dans l'église de Saint-Pierre les fidèles se prosterner la face contre terre pour faire amende honorable de leurs égarements passés. On put assister à des scènes aussi pathétiques que celles qui eurent lieu à Jérusalem quand les Juifs revenus de l'exil purent adorer de nouveau dans leur patrie le Dieu de leurs pères. Les mandements des évêques favorisaient et dirigeaient ce beau mouvement. « N'ayant plus de consistance politique, écrivait Grégoire à ses
1. Mémoires de Grégoire, II, p. 55-69; tome Ier des Annales religieuses; Compte rendu de Grégoire au premier concile de Paris.
2. Voir aussi sur ce point les premiers volumes des Annales religieuses.
Pt{j"2 SÉVÉRITÉ MORALE DE i/ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE.
collègues dans le ministère, vous ne serez plus tentés de vous appuyer sur le bras de la chair. Dieu seul sera votre appui. L éclat des métaux précieux ne brillera plus dans nos temples. La simplicité crédule n'identifiera plus la vraie piété avec ce qui en fut souvent le poison. Que la religion renaisse parmi nous; qu'elle renaisse pure comme elle sortit des mains de Jésus-Christ. Nous sommes replacés pour ainsi dire à l'origine de l'Eglise. » « Nous déclarons, écrivait l'évêque de Rennes, que sujets du royaume qui n'est pas de ce monde, nous ne disputons pas pour des intérêts temporels. Le christianisme ne se mêle pas de gouvernement; il n'en gêne aucun et vit paisible sous tous. » L'un des caractères de l'Eglise constitutionnelle fut précisément de se tenir en dehors de la politique, tout en étant animée d'un esprit vraiment patriotique. Elle célébra spontanément par des prières publiques les grandes victoires des armées de la République. Lors du rétablissement de la paix après Marengo, plus de trente mille personnes assistèrent au Te Deum qui fut chanté à Notre-Dame *. Cette Eglise se fait aussi remarquer par une grande sévérité morale, elle ne concède rien aux préjugés du temps. Tout en professant le respect du mariage civil, elle interdit à ses ministres de bénir aucune union contractée en opposition aux lois de l'Eglise. Jamais elle ne reconnut le divorce au point de vue religieux. Elle se montra également très opposée au mariage des prêtres. Son ferme attachement aux grandes doctrines du christianisme ne saurait être révoqué en doute.
Elle était sans doute très dégagée de tout esprit ultramontain, elle eût vu sans déplaisir le renversement définitif de la papauté temporelle comme on peut s'en convaincre par ces réflexions des Annales religieuses après les événements de 4798 : c< Les (L -ti nées du christianisme étaient depuis longtemps obscurcies par toutes les passions qui assiègent les cours. Le christianisme va désormais briller de sa propre gloire, et puisque les papes vont heureusement n'être que des évoques, les ministres de la religion sont plus que jamais assurés de lui attacher irrévocablement les