MAUVAIS VOULOIR DES AUTORITÉS
dispositions des autorités locales trop souvent excitées par l'autorité supérieure. A part les décrets émanés du gouvernement, et dont nous avons fait ressortir la malveillance systématique on peut citer un grand nombre d'arrêtés odieux émanés des administrations subalternes. Tantôt elles s'opposent à ce que le culte soit célébré dans l'église sous prétexte de la vente prochaine de l'édifice national; tantôt elles s'emparent du presbytère et refusent de le rendre au prêtre qui y a droit, ou bien elles ne consentent pas à lui remettre ses lettres de prêtrise. Leur langage est souvent insultant pour la religion; les administrateurs d'un petit district de la Corrèze désignent les prêtres comme des citoyens malveillants qui ramènent le peuple à de vieilles et absurdes cérémonies *. Ces petits tyrans de province sont consommés dans l'art de refuser, dans la pratique, une liberté qu'ils reconnaissent en théorie. « L'opinion religieuse, disent-ils avec componction, est une propriété sacrée. » Mais ils ne manquent pas d'ajouter qu'il est une autre propriété plus sacrée encore, c'est celle qui appartient au législateur de déterminer pour l'avantage de tous le mode convenable à la manifestation des convictions religieuses2. C'est en conformité avec ce beau principe, qu'à Troyes, l'autotorité municipale défend aux catholiques d'ouvrir la fenêtre de la grange où ils célèbrent leur culte, afin de ne pas troubler le repos public.
Le département du Mont-Terrible avait rendu, le 2 frimaire an II, l'arrêté suivant : « Considérant que rien n'est plus anlipolitique et antisocial que la tolérance d'un culte quelconque, arrête que tous les signes intérieurs et extérieurs des cultes disparaîtront 3. » Depuis thermidor, un tel cynisme n'était plus possible, mais l'intolérance n'était pas moins grande dans une foule de communes. Le rassemblement des catholiques pour l'élection des prêtres paraît avoir beaucoup inquiété les ennemis de la religion. Dans le département de l'Eure, les élections furent inter-