‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 294 sur 373 · RÉORGANISATION DE L'ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE · texte numérisé non relu

RÉORGANISATION DE L'ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE

par une détestable circulaire du ministre de la police du 17 brumaire an VI, l'appliquèrent avec rigueur ; plusieurs prêtres assermentés furent transportés. L'obligation du serment politique était parfois étendue jusqu'aux enfants de chœur à titre d'officiants. Souvent aussi les passions populaires se déchaînaient sans mesure; les assassinats de prêtres furent très fréquents à cette époque. Il faut tenir compte de toutes ces difficultés pour apprécier à leur juste valeur les progrès que fit la religion dans ces années troublées, au milieu de tant d'entraves de tout genre. Quel avantage n'eût-elle pas tiré de sa séparation d'avec l'Etat si elle eût possédé le droit commun dans un pays vraiment libre? Même persécutée et appauvrie , elle étendait tous les jours ses conquêtes et ramenait à elle l'opinion. Je ne connais pas de plus éclatante démonstration de la force morale que lui vaut son indépendance même dans les conditions les plus défavorables.

On s'imagine souvent que l'ordre dans l'Eglise est incompatible avec cette indépendance et que quand elle cesse de faire partie de l'administration elle n'a plus d'organisation fixe. Les deux conciles nationaux, convoqués à Paris en 4797 et en 4801, répondent suffisamment à ces craintes. Il ne s'est pas tenu dans la chrétienté d'assemblée plus respectable. On n'y voyait pas siéger des prélats opulents; c'est au prix des plus pénibles sacrifices que les assistants avaient fait le voyage; le concile n'avait même pas la somme suffisante pour inviter des évêques étrangers, mars ceux qui y prenaient part avaient supporté le faix du jour et traversé de dures persécutions. Ils avaient maintenu la foi chrétienne dans des temps difficiles, en butte aux mauvais traitements et aux calomnies, et plusieurs d'entre eux portaient encore les stigmates de la prison. Ils étaient exposés au mépris des adhérents de l'ancien régime et aux outrages des fanatiques du nouveau; honnis par les uns pour leur patriotisme libérai, ils étaient détestés par les autres pour leur invincible attachement à la foi de leurs pères. « Les voilà, écrivait Grégoire, ces réfractaires ecclésiastiques sortis des cachots, sans pain, sans asile et comme le divin fondateur du christianisme , n'ayant pas où re-

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