‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 298 sur 373 · SITUATION DU PROTESTANTISME A CETTE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

SITUATION DU PROTESTANTISME A CETTE ÉPOQUE

dre les calomnieux blasphèmes des incrédules et faire cesser la cupidité scandaleuse de ses ministres. La religion qu'il fonda sans le secours des richesses, il la veut aussi maintenir sans ce secours indigne de lui. Quand Jésus-Christ appela ses douze apôtres, à quoi les appela-t-il? Etait-ce à la jouissance des biens, des honneurs? Non, mais au travail, à la peine, à la souffrance. Et pour récompense de leur travail, que leur promit-il? Des croix. Si donc nous, ministres de Jésus-Christ, nous nous trouvons rapprochés de cet état apostolique, devons-nous en murmurer ? Ah ! plutôt réjouissons-nous de ce précieux dépouillement et bénissons le Seigneur qui, par un coup admirable de sa bienveillante sagesse, a ressuscité cet ancien état de choses que les plus pieux de ses enfants ne cessaient de regretter. Il a rétabli la pauvreté évangélique de ses ministres. Ne doutons pas qu'à côté d'elle il ne fasse aussi renaître la générosité des fidèles. S'ils négligeaient leurs devoirs, nous n'en serions pas moins zélés pour prêcher l'Evangile ; nous n'en serions pas moins ardents à nous écrier: a Ce Christ, que l'impiété croit aujourd'hui injurier im- « punément, est celui-là même contre qui les rois de la terre, les a gentils et la synagogue s'étaient ligués, mais en vain. lien sera « de même dans tous les siècles. » Qui ne reconnaîtrait dans ce noble langage un écho de ces temps primitifs où la puissance morale se mesurait à l'impuissance politique et à la pauvreté des apôtres du Christ ?

Les Eglises protestantes participèrent aux diverses fluctuations de la liberté des cultes. Après avoir obtenu de l'Assemblée constituante toutes les réparations possibles du grand attentat dont elles avaient été victimes, elles célébrèrent leur culte à ciel ouvert, tant que le droit de la conscience fut respecté. Elles échap^ pèrent tout naturellement aux luttes violentes suscitées par la constitution civile du clergé. Le protestantisme n'était pas supposé favorable au régime qui l'avait proscrit, et la Révolution n'avait pas de préventions contre ses ministres. Cependant, si l'on excepte quelques grandes villes du Midi, comme Nîmes et Montauban, où une portion de la population ouvrière, protestante d'origine, était sans cesse surexcitée par les violences des catholiques

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fanatiques, les réformés appartenaient en moyenne partie à la bourgeoisie libérale, à cet énergique parti du tiers qui avait voulu fonder en France, non le règne de la démagogie, mais la liberté, sans toujours en comprendre les vraies conditions. Barnave l'avait représenté et servi avec gloire à la Constituante. Rabaut Saint- Etienne y avait joué un rôle également honorable quoique moins brillant. A la Convention, le jeune ministre Lasource avait marqué aux premiers rangs du parti girondin et avait péri sur Féchafaud avec Rabaut. Le protestantisme paya largement son tribut à la Terreur, aussi bien en Alsace que dans le Gard. Il fut attristé par quelques défections honteuses. Il n'est pas d'agrégation d'hommes un peu importante qui n'enferme dans son sein une fraction ou violente ou lâche qui se dissimule dans les jours paisibles, mais se dévoile dans les grandes crises de l'histoire. Il n'est donc pas étonnant que le protestantisme ait eu aussi à déplorer, comme le catholicisme, de coupables abjurations. Lui aussi avait senti passer sur lui le souffle de la philosophie du dix-huitième siècle; il n'avait pas conservé la ferveur qui lui avait inspiré un si persévérant héroïsme. Le pâle et froid déisme, qui avait envahi l'Allemagne et l'Angleterre, commençait à le gagner. Ne trouvant d'ailleurs de sympathie et d'appui que dans le camp des philosophes, il avait été disposé à subir leur influence. Sans doute les antiques croyances subsistaient encore, mais elles étaient ébranlées. Les passions révolutionnaires avaient remplacé dans plus d'un cœur la foi pure et ardente qu'aucune proscription n'avait pu vaincre. Matthieu Dumas rapporte, dans ses Mémoires, que dans la mission de pacification dont il fut chargé en 1790, lors des troubles de Toulouse et de Montauban, il rencontra plus d'un protestant exalté qui avait augmenté les difficultés de sa tâche. Il cite tout d'abord un ministre de Toulouse, le trop fameux Jean-Bon Saint-André, plus tard conventionnel fanatique, qui répondit à ses prudents conseils : Voilà plus de cent ans que nous attendons la vengeance 1 / Un tel homme avait déjà renié en fait la religion qui commande le par-

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