Mémoires sur le Consulat, p
terrorisme était une maladie de l'intérieur à laquelle il fallait appliquer les grands remèdes. A ceux qui opposaient à ces mesures iniques les règles les plus élémentaires de la justice il répondait brusquement : « Les métaphysiciens sont une sorte d'hommes à qui nous devons tous nos maux. Il faut considérer cette affaire en homme d'Etat. » Voilà ce qu'il osait dire dans cette même salle où l'on préparait la législation du pays. Ainsi s'était transmise comme un précieux dépôt au travers de la Révolution cette spécieuse raison d'Etat qui n'est que la raison du plus fort voulant agir à sa guise. Cette maladie de l'intérieur que le premier consul désirait extirper n'avait pas eu de symptôme plus grave que la violation du droit éternel au profit de la passion du moment, et elle n'avait pas eu beaucoup de manifestations plus criminelles que l'enlèvement à main armée et le meurtre du prince de Condé accompli froidement, discuté et justifié plus tard plus froidement encore, comme un excellent calcul pour effrayer les ennemis du nouveau pouvoir l. Ce fut un grand bonheur que Bonaparte ne fût pas cruel par nature, car le pays n'avait d'autre garantie que son tempérament. Voilà pourquoi toute paix signée par lui était précaire. Il s'y résignait momentanément, comme il le disait un jour, tout en déclarant qu'elle était nuisible à un pouvoir nouveau, mais il n'était pas possible qu'il s'y tînt longtemps. 11 était le génie de la guerre et il avait à son service l'or et le sang de la France. Comment résister à une pareille tentation quand on est Napoléon et qu'on n'a en face de soi que des corps politiques dociles tant qu'ils sont repus, et des conseillers courtisans. L'un d eux, certainement l'un des plus distingués et des meilleurs, démontrait ingénieusement que le gouvernement est le pouvoir le plus important dans l'Etat, parce que s'il cessait tout périrait, tandis qu'on ne périt pas faute de loi* Il en concluait que le gouvernement devait avoir en lui-même un moyen de se préserver de l'inaction et qu'il ne faut pas tant s'inquiéter de r^ibitraire qui est un mai passager. Le courageux conseiller