‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 304 sur 373 · Mémoires sur le Consulat , p. 46 et · texte numérisé non relu

Mémoires sur le Consulat , p. 46 et

faisait écho à cette parole du maître : « Il ne faut pas d'opposition *. »

Il est certain que dès son entrée aux Tuileries le premier consul n'a eu qu'une pensée, consolider son autorité absolue et la perpétuer. On peut suivre dans les Mémoires du temps les incidents de cette grande comédie politique dont on plaisantait gaiement dans ces libres causeries qui ont si souvent paru à la France une compensation suffisante de la liberté : « Le théâtre est prêt, disait-on; peu de monde aura vu les coulisses, et les spectateurs payants ne manqueront pas. On peut commencer. » Les spectateurs payés devaient moins manquer encore. Rien de plus bizarre que le premier essai d'une cour princière à la Malmaison et à Saint-Gloud. On riait beaucoup en voyant des courtisans novices rompant par un col noir ou des bottes l'harmonie d'une toilette de marquis. Mais qu'était ce bariolage comparé à la bigarrure des esprits qui unissaient les passions révolutionnaires à leur récente dévotion monarchique. Sur plus d'une broderie on eût pu discerner du sang mal séché. Un ancien proconsul trônait au ministère de la police et mêlait le langage grossier des clubs à ses flatteries empressées. Le premier consul au retour d'un voyage triomphal en Normandie et en Belgique disait à son frère : « J'ai pu connaître tout de la bassesse des Français et m'assurer que je pouvais obtenir de leur servilité tout ce que je voulais en exiger 2. » Ses premières exigences dépassèrent pourtant la mesure, car jaloux de son pouvoir personnel, il ne voulait pas même fonder une dynastie afin d'être libre de transmettre sa couronne à qui il lui plairait, et pour qu'il ne fût pas dit qu'il y eût une seule règle dans l'avenir devant laquelle il dût fléchir. Cette détermination souleva les plus violents orages dans sa famille et l'y fit maudire avec colère par des hommes doux et pacifiques comme Joseph. Ces tristes scènes sont reproduites dans les Mémoires curieux de Miot de Melitto. Elles font comprendre cette exclamation douloureuse de l'auteur qui exprimait la vive impression d'un

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