Miot de Melitto, Mémoires, II, p
384 CIRCONSTANCES r/OLITIQUES QUI ONT PRÉPARÉ LE CONCORDAT.
grand nombre de ses contemporains : «Voilà donc Fissue de cette révolution commencée par un élan presque universel de patriotisme et d'amour de la liberté ! Quoi ! tant de sang versé sur les champs de bataille, tant de sang répandu sur les échafauds, tant de fortunes détruites, tant de sacrifices de tout ce que l'homme a de plus cher, n'auront abouti qu'à nous faire changer de maîtres, qu'à substituer une famille inconnue il y a dix ans, et qui, au moment où commence la Révolution, était à peine française, à la famille qui régnait depuis huit siècles en France ! Notre condition est-elle donc si misérable que nous n'ayons d'autre asile que le despotisme; que nous soyons obligés, pour éloigner les maux qui nous menacent aujourd'hui, de tout accorder aux Bonapartt- s, sans leur rien demander? De les élever sur le plus beau trône de l'Europe, de leur donner en héritage la gloire de commander à l'une des premières nations du monde, sans jamais leur imposer la plus légère condition, sans qu'aucun contrat les engage, sans qu'aucune institution nouvelle remplace au moins celles qui servaient quelquefois de digue aux caprices de nos anciens maîtres? Ce n'est pas dans un sénat avili, dans un conseil d'Etat sans consistance, dans un corps législatif muet, dans un tribunat tremblant et mendiant quelques places, dans une magistrature sans considération, qu'il faut chercher un contrepoids à ce pouvoir immense confié à un seul homme1. » Ce qui achève de peindre l'époque, c'est que celui qui écrit ces lignes était conseiller d'Etat en service ordinaire.
Il importait de déterminer la situation politique dans laquelle prit naissance le concordat. Il est né, comme toutes les institutions de ce temps, d'une pensée d'ambition personnelle et il a fait partie de ce plan de réaction et de restauration monarchique si profondément conçu et exécuté avec tant d'énergie par le général Bonaparte. Lafayette en a déterminé le vrai caractère le jour où il adressa ce mot spirituel au premier consul à l'occasion des négociations avec Rome : « Vous avez envie de vous faire casser la petite fiole sur la tête. » « Nous verrons, nous verrons, »