OPINIOH DE NAPOLÉON SUR LA RELIGION
menté du grand captif, mais il est certain que jusqu'à sa chute il n'a considéré la religion que dans sa relation avec sa politique, et qu'il lui a dispensé tour à tour la protection et la défaveur selon qu'il le trouvait utile à ses intérêts. En elle comme en tout il n'a vu que lui, et lui seul. Avant et après le concordat le même point de vue domine dans ses discours. Le jeune homme qui n'est encore qu'un général de fortune, — d'une merveilleuse fortune, il est vrai, — s'exprime comme le chef du grand empire. On a de lui à cet égard les actes et les propos les plus divers selon l'occasion.
Dans la première campagne d'Italie, quand il a affaire à des dignitaires de l'Eglise, il parle avec respect de la beauté et de l'esprit de l'Evangile, mais cela ne l'empêche pas dès son retour à Paris, en présence d'un pouvoir ennemi juré du christianisme, et devant un peuple moqueur imbu des mêmes idées, de ranger au premier rang parmi les bienfaits de la révolution, la destruction de la religion en soi. Voici quel fut le début de son discours en réponse au ministre des affaires étrangères qui l'avait présenté aux directeurs : « Le peuple français, pour obtenir une constitution fondée sur la raison, avait dixhuit siècles de préjugés à vaincre. La constitution de l'an III et vous, avez triomphé de tous ces obstacles. La religion, la féodalité et le royalisme, ont successivement depuis vingt siècles, gouverné l'Europe; mais de la paix que vous venez de conclure datera l'ère des gouvernements représentatifs l. » On voit ici la religion mise sur le même rang que La féodalité et le royalisme et présentée comme l'un des fléaux de l'humanité. Le jeune général passe en Egypte. Sur son chemin il adresse de pieuses paroles à l'évêque de Malte pour envelopper d'un miel sucré ses recommandations d'une prompte soumission au nouveau pouvoir. Mais à peine a-t-il mis le pied sur la terre des pyramides qu'il adresse à ses soldats La fameuse proclamation où il leur recommande d'agir avec les peuples soumis au Coran comme ils ont agi avec les Juifs et les chrétiens, et d'avoir les mêmes