IL KÊÏ VOIT QU'UN INSTRUMENT DE RÈGNE
égards pour leurs muftis et leurs imans que ceux qu'ils ont montrés aux évêques et aux rabbins en Europe. 11 fait plus; il veut que les fêtes du Ramazan soient célébrées au Caire avec plus de pompe que jamais. C'est ainsi qu'il réalise avec quelques variantes le fameux vers de Voltaire sur Zaïre et qu'il est chrétien en Italie, libre penseur à Paris, musulman au bord du Nil. Il a du reste développé sa théorie en plein conseil d'Etat avec toute la clarté désirable et cela après le concordat : « Quant à moi, disait-il un jour, je ne vois pas dans la religion le mystère de l'incarnation, mais le mystère de l'ordre social; elle rattache au ciel une idée d'égalité qui empêche que le riche ne soit massacré par le pauvre. La religion est encore une sorte d'inoculation ou de vaccine qui, en satisfaisant notre amour du merveilleux, nous garantit des charlatans et des sorciers ; les prêtres valent mieux que les Cagliostro, les Kant et tous les rêveurs d'Allemagne l. » Le mystère de l'ordre social était avant tout, aux yeux de Napoléon, la soumission au pouvoir civil. Voilà pour lui le dogme essentiel, le précepte capital, le fond même de la religion; or les prêtres lui paraissent éminemment utiles pour serrer le frein de l'obéissance dans ses Etats. L'empereur d'Autriche s'écria, en apprenant la conclusion du second concordat, qu'il approuvait hautement Napoléon, qu'il savait par expérience qu'on ne pouvait se passer des prêtres dans un état bien ordonné, et que quant à lui il avait besoin pour faire respecter son autorité de deux armées, l'une blanche, l'autre noire 2. Ce jour-là les deux empereurs se comprenaient. Napoléon est constammant revenu à ce point de vue utilitaire dans sa correspondance avec les ecclésiastiques comme dans ses allocutions. Quand il est encore général républicain, il loue les prêtres, « qui ont reconnu que le code politique de l'Evangile se résume dans la liberté et la souveraineté du peuple et qui s'efforcent de le calmer au lieu de l'agiter. » En effet, en tenant ce langage démocratique ils servent
1. Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique et d' administration , recueillies par un membre de son conseil d'Etat. Paris, 1833, p. 223.