‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 31 sur 373 · MOTION DE M. DE CASTELLANE · texte numérisé non relu

MOTION DE M. DE CASTELLANE

riers juifs, el les femmes de la religion de Brâhma. On sait, en effet, quelle peine on avait au dix-huitième siècle, à empêcher les femmes de se brûler sur le tombeau de leurs maris. Les articles incriminés furent écartés de la déclaration des droits, après un discours de Talleyrand, qui résumait habilement l'argumentation de Mirabeau. C'était un premier succès pour les partisans de la liberté religieuse. L'Assemblée n'était plus en présence que de l'article 18 ainsi conçu : « Tout citoyen qui ne trouble point le culte établi ne doit point être inquiété. » On ne pouvait s'en contenter. M. de Castellane avait proposé l'amendement suivant : « Nul homme ne doit être inquiété pour ses opinions religieuses, ni troublé dans l'exercice de son culte. » On ne pouvait mieux formuler la liberté religieuse. Une vive discussion s'engagea, non pas sur la première partie de l'amendement, que nul n'eut osé contester, et qui d'ailleurs ne garantissait aucun droit réel, mais bien sur la seconde partie, dont le maintien était la consécration même de la liberté des cultes. L'auteur de la motion la défendit avec une netteté parfaite. Il invoqua la loi naturelle, qui autorise la liberté des opinions, et l'Evangile qui défend de faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas qu'on nous fit. Il rappela que c'est l'intolérance et non la tolérance qui soulève les guerres de religion , et il termina noblement par ces mots : « Empêcher un homme d'offrir le tribut de sa reconnaissance à la Divinité, c'est tyranniser les consciences. » Mirabeau l'appuya par un de ses discours les plus élevés et qui portent le mieux l'empreinte d'une raison supérieure. A ceux qui prétendent que le culte est un objet de police extérieure et qu'il appartient à la société de le régler, il opposait le dilemme suivant : « Sont-ils catholiques, ils avouent par là que la religion est une chose purement civile; elle cesse d'être d'institution divine, et ils rompent ainsi avec le catholicisme ; sont-ils hommes d'Etat, je leur dis qu'il n'est pas vrai que le culte soit une chose de police, quoique Néron et Domilien l'aient dit pour interdire celui des chrétiens. » Le culte, consistant en acte d'adoration, il est absurde de dire que l'inspecteur de police ait le droit de dresser les oremus et les litanies, La police, atin d'empêcher que personne ne trouble

Tordre et la tranquillité publique, veille dans les rues, dans les places et autour des maisons, mais elle ne se mêle point de régler ce qu'on y fait.

« Je trouve donc absurde, s'écrie le grand orateur dans des paroles que nous voudrions graver dans tous les esprits, que pour prévenir le désordre qui pourrait naître de vos actions, il faille défendre vos actions; assurément cela est très expéditif : mais il m'est permis de douter que personne ait ce droit. Veiller à ce qu'aucun culte, pas même le vôtre, ne trouble Tordre public, voilà votre devoir; mais vous ne devez pas aller plus loin. On vous parle sans cesse d'un culte dominant ! Dominant ! Messieurs? je n'entends pas ce mot, et j'ai besoin qu'on me le définisse. Est-ce un culte oppresseur que Ton veut dire? Est-ce le culte du prince? Mais le prince n'a pas le droit de dominer les consciences? Est-ce le culte du plus grand nombre? Mais le culte est une opinion. Or, les opinions ne se forment pas par le résultat des suffrages. Votre pensée est à vous, elle est indépendante. Rien ne doit dominer sur la justice ; il n'y a de dominant que le droit de chacun. »

Il eût été à désirer que Mirabeau lui-même se fût souvenu quelques mois plus tard de ces principes dont nous devons encore attendre la réalisation au sein d'une société qui ne croit guère qu'au droit de TEtat et des majorités en toutes choses. La motion de M. de Castellane souleva l'un des plus violents orages qui eussent éclaté au sein de l'Assemblée; la droite s'acharna avec passion à en faire supprimer la seconde partie. M. de Castellane eut la faiblesse de l'abandonner lui-même. L'un des incidents les plus émouvants de ce débat fut l'apparition à la tribune de Rabaud-Saint-Etienne. Quand il prononça ces paroles : Je suis le représentant d'un grand peuple, — on vit se lever en sa personne ce peuple innombrable des persécutés, tous ces glorieux proscrits que le système de l'unité religieuse avait semés dans tous les pays du monde ; ces galériens plus glorieux encore qui avaient sauvegardé la liberté des âmes sous un costume infamant, ces hommes et ces femmes héroïques, sabrés par les dragons du grand roi, ou soumis à tous les supplices, et enfin

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