VOTE AMBIGU
cette Eglise du désert qui avait célébré son culte dans d'affreuses solitudes. La seule présence de Rabaud-Saint-Etienne à la tribune de l'Assemblée nationale, tout en constatant avec éclat le progrès déjà accompli, rappelait avec une éloquence qu'aucune parole ne pouvait égaler ce que les religions d'Etat suscitent de crimes et de malheurs. Il semble qu'à sa vue on eût dû voter avec acclamation l'article de M. de Castellane. «Celui qui attaque la liberté des autres, dit Rabaud-Saint-Etienne, mérite de vivre dans l'esclavage. Un culte est un dogme; un dogme tient à l'opinion, l'opinion à la liberté. Instruit par la longue et sanglante expérience du passé, il est temps enfin de briser les barrières qui séparent l'homme de l'homme, le Français du Français. » Rabaud s'honora en ne plaidant pas seulement pour ses coreligionnaires, dont il peignit vivement les souffrances et les opprobres, mais encore pour les juifs, qu'il appela éloquemment, « ce peuple toujours proscrit, errant, vagabond sur le globe.» A ceux qui invoquaient l'exemple des peuples voisins contre la liberté religieuse, Rabaud répondit ainsi : «Nation française, vous êtes faite non pour suivre l'exemple mais pour le donner. » «Ma patrie est libre, dit-il en concluant, qu'elle s'en montre digne en faisant partager les mêmes droits à tous ses enfants.» L'Assemblée nationale s'arrêta à une demi-mesure, en votant l'article suivant, sur la proposition de l'évêque de Lydda : «Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. » C'était assez ambigu pour ne blesser et ne satisfaire tout à fait aucune opinion. La majorité était bien plus vite formée quand il s'agissait de mettre la main sur les biens de l'Eglise, que quand il s'agissait de consacrer la liberté religieuse de tous les citoyens.
Mirabeau exprima son déplaisir de la résolution de la Constituante dans un véhément article du Courrier de Provence 1 .*
« Nous ne pouvons, lisons-nous dans cet article, dissimuler notre douleur que l'Assemblée nationale, au lieu d'étouffer le