SES CONFIDENCES A LA MALMAISON
logues répondent à cela ! li faut une religion au peuple, il faut que cette religion soit dans la main du gouvernement. Cinquante évêques émigrés et soldés par l'Angleterre conduisent aujourd'hui le clergé fiançais. Il faut détruire leur influence, l'autorité du pape est nécessaire pour cela. 11 les destitue, ou leur fait donner leur démission. On déclare que la religion catholique étant celle de la majorité des, Français, on doit en organiser l'exercice. Le premier consul nomme cent évêques, le pape les institue; ils nomment les curés, l'Etat les salarie. Ils prêtent serment. On déporte les prêtres qui ne se soumettent pas. On dira que je suis papiste, je ne suis rien. J'ai été mahométan en Egypte, je serai catholique ici pour le bien du peuple. Je ne crois pas aux religions, mais l'idée d'un Dieu..., — et levant la main au ciel : — Qu'est-ce qui a fait ceci i1 »
Le premier consul développa ensuite les avantages de son projet. « Les gens éclairés ne se soulèveront pas contre le catholicisme. Ils sont indifférents. Je m'épargne de grosses contrariétés dans l'intérieur et je peux par le moyen du pape au dehors... » Il s'arrêta La réticence était significative... L'entretien se termina brusquement par ces mots : « Il n'y a plus ni bonne foi, ni croyance. C'est une affaire purement politique 2. » Le nouveau Cyrus prenait soin par cet aveu plein de franchise de bien établir dans quel sens il relevait les autels. Il répétait sans cesse à son secrétaire Bourrienne : « Vous verrez quel parti je saurai tirer des prêtres3. » Il était du reste parfaitement décidé à briser « ces personnes sacrées» auxquelles il avait témoigné une si grande amitié à Milan et qu'il voulait protéger de son glaive, dès qu'elles lui feraient la moindre résistance. Au moment même où il préparait le concordat, il disait un jour à Garnot, à l'occasion d'une velléité d'opposition cléricale : « Les prêtres et les nobles jouent gros jeu. Si je leur lâchais le peuple, ils seraient tous dévorés en un clin d'œil4. »
1. Mémoires sur le Consulat, attribués à Thibaudeau, liv. XII. 1827.