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LA LIBERTÉ DE L'EGLISE INSÉPARABLE I)'UN RÉGIME LIBRE

Nous avons indiqué la grande raison politique qui poussait le premier consul à traiter avec la cour de Rome : il voulait enrôler à son profit la puissance religieuse dont il reconnaissait l'indestructible influence. Il n'aurait pu d'ailleurs laisser la liberté à la religion sans limiter son pouvoir arbitraire. Disons mieux, la liberté de la religion n'était possible qu'avec le maintien de la liberté elle-même au sens le plus étendu. Qu'est-ce après tout qu'une Eglise libre? C'est une association qui se réunit à intervalles réguliers et qui use de la liberté d'écrire et de parler. Elle ne peut se passer des droits les plus essentiels d'un peuple affranchi; le droit d'association et de réunion, la liberté de la presse, toutes ces grandes garanties de la société moderne lui sont indispensables. C'est l'honneur de la religion de ne pouvoir user de la liberté comme d'un monopole; voilà pourquoi son premier intérêt est de la vouloir pour tous. Le dictateur du 18 brumaire était donc contraint logiquement de lier cette grande puissance des mêmes chaînes dont il enveloppait la France. Il ne pouvait tolérer ce désordre abominable qu'une parole qu'il n'eût pas inspirée retentît sur un point du pays et qu'en face de ses préfets il y eût des évêques indépendants. Le maintien d'une seule association libre était une tache sur la carte. Il fallait se hâter de la faire disparaître pour célébrer le jubilé de la centralisation réalisée d'une frontière à l'autre, sans que rien ne vînt rompre cette magnifique uniformité. La même main, qui relevait le trône, devait non pas relever l'autel, — car il était debout et jamais encens plus pur n'y avait brûlé, — mais l'adosser au trône. Dans son furieux désir de domination absolue et d'omnipotence, le grand despote ne pouvait consentir à ne pas régner dans tous les domaines. Il devait bientôt s'apercevoir qu'il est plus facile de tenter une pareille usurpation que d'y réussir. Qu'on en juge par ces mots amers qui expliquent toutes les insurmontables difficultés qu'il devait rencontrer dans ce partage du pouvoir où il comptait vainement se faire la part du lion: « Voyez, disait-il au conseil d'Etat, voyez l'insolence des prêtres, qui, dans le partage de l'autorité avec ce qu'ils appellent le pouvoir temporel, se réservent l'action sur l'intelligence, sur la partie

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