PREMIÈRES MESURES DES CONSULS A L'ÉGARD DE LA RELIGION
noble de l'homme, et prétendent me réduire à n'avoir d'action que sur les corps. Ils gardent l'âme et me jettent le cadavre *. »
Après ces préliminaires indispensables pour comprendre la portée du Concordat, nous n'avons plus qu'à retracer les phases diverses de la négociation. Il fallait à la fois négocier avec l'opinion à Paris et traiter avec Rome. — Le premier consul usa de son influence personnelle pour la première négociation qui n'était pas la moins difficile et se servit pour la seconde d'agents habiles, armés de promesses et de menaces efficaces.
Nous avons vu dans quelle situation prospère au point de vue religieux se trouvait l'Eglise gallicane ou constitutionnelle à la fin du régime antérieur. Tous les jours le culte se rétablissait dans de nouvelles paroisses, et l'œuvre de réorganisation se poursuivait sans relâche. D'un autre côté les prêtres insermentés, malgré la proscription dont ils étaient encore frappés, s'étaient répandus dans les villes et les campagnes et ralliaient à eux une portion importante des populations, surtout dans le Midi et dans l'Ouest. Les deux clergés étaient encore très loin de s'entendre, mais rien n'empêche de penser que si la liberté des cultes avait été sérieusement reconnue, on ne fût arrivé à une conciliation. En tout cas, la papaLité n'aurait pas dù faire pour cela des concessions aussi considérables que celles auxquelles elle finit par consentir pour conclure le concordat. Les premières mesures du nouveau régime, en ce qui concerne la religion, ne peuvent qu'être approuvées. Tout d'abord il montra clairement par l'arrêté du 3 nivôse, qui autorisait les commissions consultatives formées des débris des conseils dissous à recevoir les réclamations des prêtres déportés, que l'ère de la proscription religieuse allait prendre fi:;. Les cendres de Pie VI furent rendues à ses anciens sujets et solennellement transportées à Rome. Peu de jours après un décret sage entre tous substituait au serment constitutionnel qui avait provoqué tant d'orages, un simple engagement de fidélité à la constitution. La question de principes
1. Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique et d'administration, recueillies par un membre de son conseil d'Etat. Paris, 1833, p. 201.