PROJET DE NEGOCIER AVEC ROME
était ainsi écartée et la conscience mise hors de cause. Enfin l'arrêté du 3 prairial, qui rouvrait les temples au culte chrétien, était remis en vigueur. Le ministre de la police, Fouché, l'ancien proconsul de la Nièvre, essayait bien par ses circulaires de diminuer la portée de ces mesures, mais les faits étaient beaucoup plus importants que les paroles. On commença à espérer que la liberté des cultes ne serait plus une triste ironie au frontispice de la Constitution1. Il y eut bien encore plus d'un procédé vexatoire delà part des autorités locales, provoqué souvent par l'imprudence des partis religieux qui se faisaient une guerre ouverte, mais l'apaisement serait résulté de la liberté sérieusement accordée. Nous avons exposé les raisons qui empêchaient de nourrir cet espoir. Déjà la liberté de la presse avait été supprimée et avec elle toutes les garanties qu'elle seule -peut conserver. Il devenait évident que l'œuvre de réaction serait poursuivie dans le domaine religieux comme ailleurs.
A peine revenu de sa mémorable campagne d'Italie, le premier consul s'occupa de régler les affaires de l'Eglise dans l'esprit que nous avons indiqué. Il était très neuf à cet ordre de questions, mais il avait une volonté bien arrêtée et le pouvoir de la réaliser. 11 se composa hâtivement une petite bibliothèque théologique ou ecclésiastique, mais il paraît en avoir profité plus hâtivement encore. 11 s'était fait traduire à son usage les œuvres latines de Bossuet et expliquer à fond les libertés de l'Eglise gallicane. Il leur donna sa haute approbation; ce qui suffit pour les juger au point de vue libéral. Cette approbation ne l'empêcha pas de les compléter plus tard assez singulièrement par des innovations propres à faire frémir la grande ombre de Bossuet, car elles consacraient Pultramontanisnie le plus exclusif. On trouve admirable ce rapide apprentissage théologique et ecclésiastique du général Bonaparte. Cela ne me paraît pas plus admirable que l'orthodoxie si correcte de Constantin au concile de Nicée et ses édifiantes harangues aux hérétiques pour les presser d'adopter la bonne doctrine. Ces essais de controverse