EXPLICATIONS DU PREMIER CONSUL
nécessaire. Question puérile et sans importance ! C'est au premier consul qu'il faut un pape; c'est sa politique qui en a besoin. Il s'embarrasse bien du dogme, de la discipline, de la vérité en soi, du bien de la religion. Il lui fallait un pape sur la terre comme il lui fallait un Dieu dans le ciel, une religion qui couronnât son pouvoir, qui imprimât dans les esprits de sages notions d'autorité, et qui lui permît d'entretenir une police à moins de frais et de prélever ses impôts avec moins de difficulté. A ses yeux, Dieu était trop loin pour le gêner; mais il n'en était pas de même du pape qui n'avait pas perdu l'habitude de se mêler des affaires de ce monde. Le premier consul rassurait ainsi ses conseillers sur ce point délicat : « Avec les armées françaises et les égards, j'en serai toujours suffisamment le maître. Quand je relèverai les autels, quand je protégerai les prêtres, quand je les nourrirai et les traiterai comme les ministres de la religion méritent d'être traités en tout pays, il fera ce que je lui demanderai dans l'intérêt du repos général. Il calmera les esprits, les réunira sous sa main et les placera sous la mienne. » Nourrir les prêtres pour qu'en échange leur chef à Rome les place sous le bon plaisir du pouvoir civil, voilà ce que le premier consul appelle relever la religion. Le clergé doit baiser la main qui le nourrit! voilà le fond intime de sa pensée.
Il n'osait pas tenir un langage d'une franchise aussi soldatesque à des hommes comme Grégoire. Il poussait la condescendance jusqu'à lui demander un Mémoire sur les affaires religieuses, tout en étant parfaitement décidé à n'en tenir aucun compte. 1 On peut juger de sa franchise par ce mot adressé à un conseiller d'Etat au moment même où les négociations à Home étaient pendantes : « Ce que nous faisons porte un coup mortel au papisme2. » Ainsi ce restaurateur de la religion jouait au plus fin avec le saint- père. Il se conformait au conseil qu'il avait donné quelques années auparavant au plénipotentiaire de la République à Home; il « rusait avec le vieux renard. » Edifiants