‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 33 sur 373 · BEL ARTICLE DE MIRABEAU SUR LE DÉBAT · texte numérisé non relu

BEL ARTICLE DE MIRABEAU SUR LE DÉBAT

germe de l'intolérance, Tait placé comme en réserve dans une déclaration des Droits de l'homme. Les apôtres de la liberté religieuse soutiennent qu'elle est supérieure à toutes les lois, et ne peut jamais recevoir aucune limite du pouvoir civil. Des lois restrictives en matière de religion sont absurdes en ellesmêmes, car elles ordonnent à des hommes qui ont des mesures si différentes d'intelligence et de raison, de voir l'évidence dans les mêmes dogmes et la vérité dans les mêmes doctrines. Ces lois sont immorales, puisqu'elles ne changent rien à l'intérieur et ne font que des hommes vils qui trafiquent de leur croyance.... Ces lois sont impies; quelle impiété plus signalée que de s'interposer entre l'homme et la Divinité pour dire à l'homme : « Nous te défendons de servir Dieu de cette « manière; et pour dire à Dieu : Nous vous défendons de rece- « voir les hommages qui vous sont offerts sous une forme qui « n'est pas la nôtre. »

Mirabeau pulvérise ensuite les sophismes constamment opposés à la liberté des cultes. 11 châtie comme elle le mérite cette concession hypocrite de la liberté intérieure de la conscience, qui n'accorde que ce qu'aucune tyrannie n'a pu ravir. « Si la religion de vos frères leur enjoint le culte public, en leur défendant de l'exercer, vous blessez leur conscience. » A ceux qui prétendent que la liberté religieuse favorisera la prédication de dogmes immoraux, il répond qu'on ne peut prêcher des doctrines licencieuses qu'en secret, et que là où plusieurs religions se surveillent, toutes s'épurent. On ne peut craindre la corruption qu'au sein d'une religion dominante qui n'a rien à redouter. Enfin si l'on nous menace de l'indifférence religieuse sous le régime de la liberté, Mirabeau écarte bien loin ce péril chimérique. « On est indifférent sur la religion qu'on a reçue de sa nourrice et de ses maîtres sans examen et sans preuves. Une croyance fondée sur l'autorité n'est qu'en superficie et n'a point de racines. » Hélas! ces belles paroles, qui datent de plus d'un demi-siècle, ne sont point des redites dans la France de 1864, car les mêmes sophismes auxquels répondait Mirabeau traînent encore dans les livres, les articles et les circulaires.

52 ESPRIT DE LA MAJORITÉ DE i/ASSEMBLÉE.

Nous avons achevé tout ce qui concerne la question ecclésiastique et religieuse dans la première période de la Constituante. Certes, la majorité de cette grande assemblée est animée d'un véritable amour de la liberté. Il n'est pas possible d'en mieux caractériser l'esprit général, celui qui animait surtout les membres obscurs, placés en dehors de toutes les coteries et étrangers à l'ambition, que ne l'a fait dans une page simple et charmante un homme dont nous aurons à invoquer souvent le témoignage dans le cours de ce travail, Durand Maillane, l'historien consciencieux du comité ecclésiastique de la Constituante. Ce comité avait été nommé le 20 août 1789, pour s'occuper de la partie de la constitution qui touchait aux intérêts de l'Eglise de France.

« Qui ne se rappelle, dit l'honnête écrivain, ces premières séances à Versailles, quand il fallait porter le fer au vif ; les bons et francs députés de province, sans art comme sans éloquence, faisaient chorus de tous leurs sens. Ils se levaient et se donnaient la main sans se parler, sans se connaître, tous entraînés par les mêmes sentiments, que la même tyrannie, les mêmes excès avaient excités dans toutes les parties de la France. Nous Provençaux, placés à côté des Francs-Comtois, qui étaient la plupart de taille haute, nous nous dressions à l'appui des bonnes motions, en élevant la voix. C'était chose curieuse qui n'excitait alors que rire ou pitié. Voyez, voyez, disait-on, ces gros enfants, que veulent-ils? Ils le savent bien ce qu'ils veulent, ces gros hommes, et ils l'obtiendront, ou ils périront; ils veulent ce qu'il y a au monde de plus raisonnable, de plus précieux : leur liberté, la cessation des abus, la régénération totale de la nation française. Nous savions que notre cause était celle du peuple, que sa justice était sentie par tous, qu'elle était appuyée singulièrement dans la capitale. C'est ainsi que travaillant à notre constitution, comme les Hébreux travaillaient à leur second temple, la truelle d'une main et l'épée de l'autre, nous avons tous marché d'accord entraînant tout sous nos pas, sarclant tous les abus comme avec une faux, sans pouvoir ni mesurer ni arrêter notre marche. Grâces éternelles en soient rendues au généreux peuple de Paris.

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