‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 322 sur 373 · LA NÉGOCIATION S'ENGAGE · texte numérisé non relu

LA NÉGOCIATION S'ENGAGE

connaissons à son honneur qu'il voulait fermement maintenir l'égalité des cultes devant la loi et qu'il se serait refusé à tout retour à une religion exclusive et persécutrice. Une réaction de ce genre était d'ailleurs impossible, même dans la France asservie. Or la papauté était demeurée invariablement fidèle au principe des religions d'Etat. C'était pour elle une vérité indiscutable que le catholicisme seul doit être protégé et toléré ; elle pensait ce qu'elle pense encore, ce qu'elle pensera toujours, tant qu'elle sera liée à un régime théocratique, à savoir que la liberté de conscience est la première des hérésies. Aussi devait-elle sur ce point soulever et prolonger la plus vive résistance. Une concession non moins amère pour elle était de confirmer la nomination d'évêques ayant appartenu à ce clergé constitutionnel contre lequel elle avait épuisé ses foudres. 11 y avait là pour elle un démenti humiliant. Elle n'y consentit jamais franchement et ne cessa de demander des rétractations qui devaient être de véritables actes de pénitence aux ecclésiastiques qui avaient prêté le serment à la constitution civile du clergé. Le premier consul était décidé à ne pas fléchir, car l'exclusion des prêtres constitutionnels eût ranimé les plus aigres polémiques et il voulait le silence de la docilité. La négociation n'était donc pas facile, surtout entre deux pouvoirs dont l'un était habitué à une foudroyante rapidité et prétendait faire la paix comme il faisait la guerre, et dont l'autre avait toutes les lenteurs et suivait toutes les sinuosités familières à un gouvernement de vieillards et de prêtres.

Le siège de Rome était alors occupé par un pontife respectable, sans arrogance, mais doué de cette fermeté douce qui dans l'occasion sait se montrer invincible. Sa réputation était sans tache; il s'était formé à l'ombre du cloître, puis il avait atteint, par une faveur méritée, les plus hauts rangs dans la hiérarchie ecclésiastique. Il avait cette bonne fortune de porter sur ses traits fins et réguliers l'empreinte d'une âme pure et mélancolique. Il pouvait personnifier admirablement une Eglise persécutée et devenir facilement une de ces vivantes protestations contre le despotisme qui sont son plus grave péril; il était très

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