‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 323 sur 373 · NÉGOCIATEURS DU CONCORDAT · texte numérisé non relu

NÉGOCIATEURS DU CONCORDAT

dangereux de faire d'un tel homme un martyr. Une douce auréole était comme posée d'avance sur son front : ce qui ne l'empêchait pas de posséder à un haut degré la finesse italienne. Le général Bonaparte lui avait inspiré une vive sympathie que les plus mauvais traitements ne parvinrent jamais à étouffer entièrement. Comme évêque d'Imola, il avait publié, au temps de la domination française, une homélie très favorable aux idées républicaines et qui tranchait singulièrement avec les anathèmes dont Rome avait été si prodigue pour la Révolution. C'était un rare bonheur pour le premier consul que le choix du conclave à Venise se fût porté sur le cardinal Chiaramonti. L'agent le plus actif de cette élection avait été le prélat Gonzalvi, qui avait su par une éloquence conciliante et plus habile qu'on ne voudrait en semblable occasion, ramener les voix à son client, devenu bientôt son tout-puissant protecteur. La pourpre avait été sa récompense méritée et il s'était vu élevé au rang de secrétaire d'Etat, au moment où le premier consul fit les premières ouvertures à la cour de Rome. Le cardinal Gonzalvi n'avait pas ta dignité gracieuse de Pie VII; mais il avait un esprit souple, brillant même, affectueux et fin tout ensemble, comme c'est souvent le cas en Italie, et il était sincèrement attaché au pape. Pie VII avait accrédité auprès du premier consul, officieusement d'abord, puis bientôt officiellement, Spina, évêque de Gênes, prêtre rusé et timide qui était particulièrement préoccupé des intérêts temporels du saint- siège. Il devait s'aboucher à Paris avec Talleyrand, l'exprélat marié, et l'abbé Bernier, naguère l'âme de la révolte vendéenne, franchement rallié au premier consul, très apte à traiter les affaires ecclésiastiques et cachant une distinction réelle sous l'extérieur d'un curé de campagne. Pour achever la bigarrure de ces temps étranges, le premier consul se faisait représenter à Rome par M. Cacault, révolutionnaire corrigé, selon sa propre expression, qui avait le mérite de connaître à fond la cour papale et qui était presque Italien par la dextérité, et la vivacité pittoresque du langage. Il était parfaitement approprié au rôle qu'il devait jouer et qui était d'une rare difficulté, car il s'agissait de louvoyer entre l'ardente impatience du général Bonaparte et la

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