‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 336 sur 373 · LE CONCORDAT PRÉSEMÉ AU CORPS LÉGISLATIF · texte numérisé non relu

LE CONCORDAT PRÉSEMÉ AU CORPS LÉGISLATIF

cilier avec le pape. Les ministres de tous les cultes seront soumis à l'influence du gouvernement qui les choisit ou les approuve, auquel ils se lient par les promesses les plus solennelles et qui les tient dans sa dépendance, par leurs salaires1. » Le tribun Carion-Nizas soutint ces belles théories dans un discours emphatique qui lui valut le lendemain un orage de sifflets à la première représentation d'une pièce qu'il faisait jouer au Théâtre- Français 2. Nous avons là une preuve nouvelle de la popularité du projet de concordat, bien qu'il eût passé à la majorité de 78 voix contre 9. Quelques jours plus tard, Portalis, récemment nommé à une espèce de ministère des cultes, se chargea, dans un discours admirable de forme, de graver sur le bronze les maximes de ce despotisme mitigé qui allait peser sur la conscience d'un poids si lourd. C'est dans ces pages nerveuses et précises, expression fidèle de la volonté énergique qui entendait personnifier la France, que l'on peut apprendre à quel point la cause de la religion est solidaire de celle de la liberté ; tout ce qui blesse la seconde, dans ces paroles hautaines, offense également la première; tout ce qui est retranché à la liberté est enlevé à la dignité de la religion. Au fond, le discours de Portalis reproduit, mais d'une manière grave et magistrale, la pensée qui avait jailli des paroles saccadées et parfois emportées du premier consul. C'est la théorie savante et la justification éloquente des boutades originales du général Bonaparte. Mais ces boutades, ces mots si vifs dans la bouche du premier consul, ces traits brefs et concis, choquent moins, dans leur brusquerie impérative, que lorsqu'ils s'étendent avec art dans des périodes arrondies. Mieux vaut la force qui parle la langue rude des camps, que celle qui prend les formes captieuses du droit. Portalis avait déjà présenté deux rapports au conseil d'Etat sur la législation nouvelle : l'un l'envisageait dans son ensemble, et l'autre s'appliquait au culte protestant3. Le premier de ces rapports com-

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