‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 344 sur 373 · Annales de la Religion, XV, p · texte numérisé non relu

Annales de la Religion, XV, p

2. Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique et d'administration, p. 208.

les théophilanthropes 1 - » Il était impossible de nier plus explicitement la liberté des cultes. Cette négation ressort également des paroles plus. que sévères prononcées par Napoléon contre les juifs jusqu'au jour où il organisa la synagogue et lui donna la consécration officielle. On connaît la force des préjugés contre les juifs, surtout dans les contrées où comme toute race opprimée ils se servaient avec un art bien regrettable de la ressource mauvaise du faible contre le fort, de cette habileté rusée qui dans les affaires commerciales leur permettait de pressurer des villages entiers. C'est ce qui était arrivé en Alsace. Les hommes de 1789 avaient eu de la peine à triompher de ces préjugés, ils en étaient venus à bout cependant et ils avaient maintenu sans exception le principe essentiel de la société nouvelle, à savoir que nul ne peut être inquiété ou entravé dans ses droits pour ses opinions religieuses. Napoléon foulait aux pieds ces principes en plein conseil d'Etat quand il s'exprimait ainsi sur le compte des juifs : « Il faut ici, des lois simples, des lois d'exception. Le mal que font les juifs ne vient pas des individus, mais de la constitution même de ce peuple: ce sont des chenilles, des sauterelles qui ravagent la France, on doit leur interdire le commerce. » C'était évidemment placer une opinion religieuse en dehors du droit commun. L'empereur allait jusqu'à dire: «Les juifs ne sont pas dans la même catégorie que les protestants et les catholiques. Il faut les juger d'après le droit politique et non d'après le droit civil, puisqu'ils ne sont pas citoyens*.» De telles maximes n'allaient à rien moins qu'à une sorte de révocation du grand édit de tolérance, de 1789 au détriment d'un culte particulier. C'était un retour à la plus déplorable confusion entre les droits civils et certaines opinions religieuses. Le judaïsme n'échappa en France aux lois d'exception qu'en rentrant dans l'administration. Il n'en demeure pas moins que le chef de l'Etat se croyait tout permis à l'égard des cultes qui n'émargeaient pas à son budget et ne recevaient pas sa consigne.

\. Mémoires sur le Consulat , p. 161.

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