‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 345 sur 373 · AMOINDRISSEMENT MORAL DU PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

AMOINDRISSEMENT MORAL DU PROTESTANTISME

Nous avons rendu hommage à la fermeté avec laquelle le premier consul avait écarté du concordat tout ce qui ressemblait à la domination d'un culte sur un autre. Mais cette égalité dans la protection était aussi une égalité dans la servitude. Le protestantisme, selon nous, perdit plus qu'il ne gagna au nouvel état de choses, car la liberté religieuse et la pleine jouissance des droits civils eussent suffi à son prompt relèvement. En parcourant le répertoire ecclésiastique des Eglises protestantes publié en 1807 par Rabaut jeune, recueil des plus curieux, qui contient un rapide historique du plus grand nombre de ces Eglises, on reconnaît que dans la plupart d'entre elles le culte avait continué à se célébrer même pendant la tourmente révolutionnaire, tantôt dans une grange, tantôt dans une maison écartée. A supposer que la paix publique eût été rendue à la France sous l'égide des principes de i 789 et non à la faveur du despotisme, le protestantisme français n'eût pas manqué de se consolider et de se développer. Il aurait trouvé assez de ressources pour bâtir des édifices religieux convenables ou majestueux, et il n'eût pas été entravé par ces fatales lois de germinal qui ont tant contribué à retarder ses progrès. Il n'en sentit pas de suite l'inconvénient, parce que l'ancien zèle était momentanément éteint en lui et que dans son besoin de repos et de consolidation politique il n'allait même pas au bout de sa chaîne. Il fut tout entier à la joie bien compréhensible d'avoir sa place au soleil de la patrie et d'élever ses temples en face des églises catholiques. Mais mieux eût valu moins d'honneur et plus de liberté. On peut dire qu'il était comme décapité dans son organisation intérieure par la privation de ces grandes assemblées délibérantes qui avaient tant contribué à sa gloire dans le passé. La persécution n'avait pas réussi à les lui ravir, car l'Eglise du désert ne renonça jamais à l'organisation synodale. Mais la protection gouvernementale empêcha ce que les dragonnades ne purent interrompre, et elle le fit sans franchise à la faveur du despotisme administratif, en réduisant à une lettre morte un droit de premier ordre. Les lois de germinal an X portaient que les Eglises protestantes auraient des synodes, mais comme le pouvoir se gardait bien de les orga-

Page 1