DÉBATS AVEC ROME
du saint-siége, sur l'immensité de ses besoins et l'impérieuse nécessité qui le pousse à réclamer la restitution des Légations. Le saint-père promettait à Napoléon la gloire d'un nouveau <*harlemagne s'il imitait la munificence des premiers Caiiovingiens. Le Mémoire se terminait par cette supplique plus ardente que digne : «Plaise au ciel que pour votre gloire et notre consolation complète, on puisse écrire de vous ce que nous trouvons écrit dans les monuments de l'Eglise, d'un de nos prédécesseurs. Etienne ÏV et de Louis le Pieux, tils de Charlemagne, qui avait reçu de lui la couronne impériale. Le Seigneur daignait accorder à ce pontife tant de protection, qu'il obtint tout ce qu'il demanda à ce prince, au point que ce pieux monarque dans son amour pour Etienne IV, entre autres dons qu'il lui offrit, fit présent à l'apôtre saint Pierre d'un manoir provenant de ses propres biens1. » Toute l'explication du sacre est dans ces mots. Portaîis déclina respectueusement les réclamations du saint-père, en invoquant les droits acquis du nouvel Etat formé en Italie. On allait voir bientôt ce que pesaient ces droits aux yeux du conquérant, quand il s'agissait d'étendre son propre empire. Le saint-père revint à Rome avec une amère déception, qui devait le disposer peu favorablement aux concessions nouvelles que l'empereur n'allait pas manquer de lui demander.
Deux incidents contribuèrent à envenimer les relations entre Napoléon et le pape, relations qui sans l'indomptable despotisme du premier fussent facilement restées sur un bon pied, car ils avaient une sympathie mutuelle qui ne disparut jamais tout à fait. Jérôme Bonaparte, le plus jeune des frères de l'empereur, avait épousé une Américaine de Baltimore, digne de toute considération et d'une éclatante beauté. Ce mariage avait violemment irrité le chef de la famille qui voulait que son sang se mêlât désormais à celui des plus vieilles races royales. Il demanda au pape de rompre ce mariage, en faisant valoir qu'il avait été contracté avec une protestante. Les motifs de nullité invoqués ne parurent pas suffisants à Rome; le saint-père en