LE PAPE EST INSULTÉ
jours1. » Le saint-siége répondit avec fermeté , protestant surtout contre la prétention de Napoléon d'être empereur de Rome. Il usa de l'arme puissante qui lui avait été laissée et qui avait eu raison de Louis XIV; le refus des bulles aux nouveaux évêques suffisait pour bouleverser toute l'Eglise de France. Déjà même on parlait à Rome d'excommunication. Napoléon se décida à frapper un grand coup. Il ne garda plus aucune retenue dans la lettre qu'il écrivit à cette occasion au vice-roi d'Italie. Il déclara que le pape qui le dénoncerait à la chrétienté cesserait d'être le pape à ses yeux et qu'il ne le considérerait plus que comme l'Antéchrist en remerciant Dieu de son impuissance. Les paroles suivantes montrent à quoi tenait son orthodoxie: «S'il en était ainsi, je séparerais mes peuples de toute communion avec Rome, et j'établirais une telle police qu'on ne verrait plus circuler ces pièces mystérieuses. Que veut faire Pie Vil en me dénonçant à la chrétienté? M'excommunier... Pense-t-il alors que les armes tomberont des mains de mes soldats? Le pape actuel s'est donné la peine de venir à mon couronnement à Paris, mais il voulait que je lui cédasse les Légations; je n'ai pu ni voulu îe faire. Le pape actuel est trop puissant; les prêtres ne sont point faits pour gouverner. Pourquoi le pape ne veut-il pas rendre à César ce qui est à César, et est-il sur la terre plus que Jésus- Christ? Peut-être le temps n'est pas loin, si l'on veut continuer à troubler les affaires de mes Etats, où je ne reconnaîtrai le pape que comme évêque de Rome, comme égal et au même rang que les évêques de mes Etats. Je ne craindrai pas de réunir les Eglises gallicane, italienne, allemande, polonaise, dans un concile pour faire mes affaires sans pape. Les devoirs de la tiare ne sont au fond que de s'humilier et de prier. Jésus-Christ n'a pas institué un pèlerinage à Rome comme Mahomet à la Mecque. » Rien ne vaut la franchise et le style du maître dans son premier jet, avant que ses scribes l'aient délayé dans leurs circulaires. Pour le coup Napoléon est bien le représentant de la révolution, non pas de celle qui avec Mirabeau proclame la liberté des cultes, mais de