‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 357 sur 373 · RUPTURE OUVERTE · texte numérisé non relu

RUPTURE OUVERTE

celle qui a fait la constitution civile du clergé et usé de violence pour abattre l'Eglise au pied de l'Etat. Il n'était plus ce jour-là qu'un révolutionnaire couronné.

Là était le suprême péril de la situation créée par le concordat. Les intérêts les plus graves de la religion dépendaient d'un esprit profond sans doute , mais mobile à l'excès , qui saisissait avec son incomparable vigueur le point de vue que lui présentait sa passion du moment. Il savait avec la fécondité et la souplesse de son génie grouper autour de son idée du jour les considérations les plus frappantes et faire jaillir en quelque sorte de tous les sujets qu'il heurtait avec sa brusquerie pittoresque de vives étincelles qu'il prenait pour des lumières et des raisons s. Les affaires si délicates de l'âme et de la conscience lui paraissaient ses affaires à lui ; il les traitait selon sa méthode rapide et foudroyante, sûr moyen de ne rien finir , de ne rien apaiser et de se débattre dans des luttes interminables et dangereuses.

On sait quelle fut l'issue de sa discussion avec Rome. Le pape, dès que la guerre européenne s'engagea de nouveau, ne tint pas la conduite d'un allié sûr et fidèle. C'est trop demander à l'opprimé que d'exiger qu'il épouse chaudement la cause de celui qui le tient sous son joug. La coalition ne manqua pas d'ourdir ses trames à Rome, mais elle ne fit que compromettre le faible pouvoir qu'elle ne pouvait défendre efficacement. La ville pontificale fut occupée, provisoirement d'abord, par les troupes françaises à l'occasion de l'invasion du royaume de Naples, puis l'occupation devint définitive, la gendarmerie papale fut incorporée le 16 mars 1808 dans l'armée impériale à la suite d'un décret insultant. Le pape répondit à ces violences par son allocution du 8 juillet; il y proteste avec fermeté de son inviolable attachement à son peuple et invite l'empereur à se soustraire aux conseils des perfides.

Nous n'avons eu jusqu'ici que le prologue du drame. Le décret de réunion des Etats pontificaux à l'empire fit verser la

1. M. de Pradt caractérise très bien cet enivrement de Napoléon par ses propres discours. {Les Quatre Concordats, lï, p. 459.)

Page 1