OPINION DE LA DROITE
précision juridique et sa sévérité janséniste. Les partisans de cette opinion s'appuyèrent sur le fait de la possession non contestée, sur le caractère inaltérable des fondations et l'accomplissement régulier des conditions mises à leur jouissance et enfin sur ce que les biens ecclésiastiques ayant été donnés sans le concours de la nation et non à la nation, l'Etat n'avait aucun droit sur elle. La loi, d'après l'abbé Montesquiou, n'a pas établi le corps ecclésiastique ; elle ne saurait le défaire. Se pourrait il que le clergé fût lié pour jamais à certains droits vis-à-vis de la nation et que la nation ne fût point liée vis-à-vis de lui. Les orateurs de la droite invoquèrent enfin la prescription, ils repoussaient le salaire de l'Etat parce qu'il était tout ensemble précaire et humiliant. « La ruine absolue du clergé séculier et régulier semble être décidée dans cette assemblée, dit l'abbé Maury, mais si c'est la force du raisonnement qu'il faut combattre, nous pouvons ne pas désespérer de notre cause. Vous avez mis les créanciers de l'Etat sous la sauvegarde de l'honneur de la nation. La religion elle-même est la sauvegarde de l'empire. Les créanciers de l'Etat sont propriétaires; leur propriété est sacrée; je dépose en vos mains cette profession de foi solennelle. Le clergé possède, puisqu'il a acquis ou qu'il a reçu. Qu'on prouve qu'il a usurpé. » Puis le fougueux abbé demandait de quel droit on examinait de si près les propriétés les plus sacrées tandis que Ton acceptait sans scrupule les honteux produits de l'agiotage. D'après lui les biens du clergé appartenaient à la nation comme la province de Bourgogne lui appartient. « Que diriez-vous d'un seigneur de paroisse ruiné qui, après avoir assemblé ses créanciers, leur abandonnerait les fonds dont il aurait doté son canton? » Un tel langage pouvait être habile, mais il n'était que spécieux, car il ne tenait aucun compte des difficultés réelles de la question. Il s'agissait d'établir que la propriété ecclésiastique rentrait entièrement dans le droit commun et pour cela il eût fallu sortir des idées générales. Les opposants du haut clergé prirent soin de combler cette lacune.
On est étonné de rencontrer dans leurs rangs quelques curés, mais le bas clergé avait été assez mal traité par les grands di-