‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 46 sur 373 · OPINION DE LA GAUCHE · texte numérisé non relu

OPINION DE LA GAUCHE

gnitaires de l'ordre pour ne pas mettre un grand zèle à défendre des privilèges dont il avait été soigneusement exclu. La portion congrue avait certes le droit d'en vouloir au bénéfice. L'abbé Gouttes dit sans détour que les richesses avaient t'ait beaucoup de mal à la religion, «en étendant le mépris du à quelques individus ecclésiastiques à tous les pasteurs sans distinction1.» M. Jullet, curé de Chevigné, soutint la même opinion radicale en s'appuyant sur la souveraineté de la nation. Les députés de la gauche ne se contentèrent pas de formuler ces thèses hardies, ils les soutinrent par une argumentation serrée, mais qui avait le grand inconvénient de ne considérer que l'intérêt du pouvoir civil en lui subordonnant entièrement celui de la religion. On insista fortement d'abord sur ce que le clergé n'était pas le possesseur réel de ses biens, puisqu'il n'en était que l'administrateur sous certaines conditions. Barnave, dès la première séance, déclara que le clergé existant pour la nation, celle-ci pouvait le détruire à son gré et à plus forte raison s'emparer de ses biens et les administrer selon son bon plaisir. La religion était ainsi réduite à n'être plus qu'un service public, une fonction administrative. Là était l'erreur capitale des hommes nouveaux, trop fidèles héritiers des préjugés les plus invétérés de l'ancienne monarchie. Au fond ils voulaient un culte salarié parce qu'ils voulaient un culte subordonné au pouvoir civil. La discussion ht un grand pas quand le jurisconsulte Thouret prit la parole; il souleva l'objection la plus grave contre le maintien des propriétés ecclésiastiques en établissant qu'elles différaient complètement des propriétés ordinaires. En effet les propriétés des corps ne peuvent être assimilées à celle des particuliers. Les individus existant avant la loi ont des droits qu'ils tiennent de la nature, des droits imprescriptibles; tel est le droit de propriété. Tout corps au contraire n'existe que par la loi; et ses droits dépendent de la loi; elle peut les modifier, les détruire; le pouvoir constituant est donc maître d(; régler comme il l'entend les conditions de leur existence2. La

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