‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 58 sur 373 · PROPOSITION DU SALAIRE DES CULTES PAR L'ÉTAT · texte numérisé non relu

PROPOSITION DU SALAIRE DES CULTES PAR L'ÉTAT

C'était pourtant la cause de la justice; car, mettre sur le même rang le riche bénédictin et le capucin mendiant, c'était donner aux décrets de l'Assemblée une rétroactivité inique en l'étendant, selon l'expression de Mirabeau, jusque sur des habitudes contractées sous la sauvegarde delà loi; c'était, sous prétexte d'égalité, sanctionner une inégalité réelle. Aussi, l'Assemblée qui était ce jour-là assez calme pour écouter le langage de la raison, vota-t-elle la motion de Treilhard. Robespierre avait cependant déclaré à la tribune, que s'il devait exister une distinction, elle aurait dû être en faveur des religieux mendiants. Ce mot est profond ; il donne la mesure de l'égalité démagogique qui n'est que l'aristocratie prise à rebours. On affecta une pension de 800 livres aux moines mendiants jusqu'à cinquante ans, et 900 livres aux moines non mendiants; à partir de cinquante ans, les pensions s'élevaient dans une proportion équitablement réglée. Les jésuites, sur la motion expresse de Barnave le protestant et de Grégoire le janséniste, furent compris dans le décret du 19 février 1790 : « Le premier acte de la liberté naissante, avait dit noblement le député de la gauche, doit être de réparer les injustices du despotisme. » Le même principe fut appliqué dans la séance du 18 mars aux pensions des religieux qui resteraient dans les maisons conservées. Voydel, qui se posa d'emblée comme un adversaire implacable du clergé, voulait que l'on fixât les pensions si bas que tous les religieux eussent intérêt à rompre leurs vœux. C'eût été recruter des citoyens actifs par la misère et par la faim, et consommer hypocritement un odieux attentat contre la liberté de conscience. L'Assemblée n'était pas mûre pour ces violences. Quelques sages mesures furent encore arrêtées pour sauvegarder les contrats de famille passés sous les anciennes lois du pays lors de l'entrée des religieux affranchis dans les ordres monastiques, afin d'éviter un trouble profond dans les héritages et des querelles scandaleuses.

Il restait encore une question des plus graves à discuter au sein de l'Assemblée, et elle devait soulever le plus violent orage : c'était de savoir à qui passerait l'administration des biens de

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