‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 59 sur 373 · PROPOSITION DU SALAIRE DES CULTES PAR L'ETAT · texte numérisé non relu

PROPOSITION DU SALAIRE DES CULTES PAR L'ETAT

l'Eglise qui avaient été mis à la disposition de la nation le 2 novembre 1789. Déjà une portion avait été aliénée, mais la majeure partie était encore disponible. Qu'en ferait-on? Laisserait-on provisoirement au clergé ces immenses propriétés? Cela n'était pas possible après qu'on l'avait moralement exproprié. Comprenant à quel titre précaire il posséderait ses domaines, sachant que l'aliénation prononcée en principe était toujours à la veille d'être réalisée, protestant d'ailleurs contre des mesures qui lui paraissaient le comble de l'injustice et de l'impiété, il aurait été dans les conditions les plus fâcheuses pour administrer convenablement des biens qui allaient lui échapper. C'était le présent et non l'avenir qui inquiétait l'Assemblée, et elle était bien plus préoccupée de trouver des ressources immédiates que d'assurer des revenus pour des époques plus calmes. D'ailleurs, l'idée de mettre la religion sous la dépendance de l'Etat par le salaire du culte avait déjà prévalu dans la discussion de l'année précédente. On avait sans cesse présenté l'état ecclésiastique comme un service public analogue à la marine et à la magistrature. Cette opinion avait malheureusement pour elle la majorité; les nécessités financières et les principes acceptés poussaient à la même conclusion. Bien que tout le monde comprît qu'elle était inévitable, le parti du haut clergé essaya un suprême effort pour empêcher ce dernier coup après lequel il ne lui restait plus que l'impuissance dans la soumission ou la guerre ouverte à la France nouvelle. C'est le vendredi 9 avril que s'ouvrirent ces mémorables débats. Chasset lut le rapport du comité des dîmes, qui, comme nous l'avons vu, était un département du comité ecclésiastique. Dans sa froide précision, il signifiait l'arrêt de mort de toute l'ancienne constitution de l'Eglise gallicane. Chasset se bornait à tirer, avec une désespérante logique, les conclusions du décret du 2 novembre, : «Une dette immense nous accable, disait-il; nous avons des biens pour la payer ; qu'attendons-nous? Le décret du 2 novembre ne sera rien tant que le clergé ne sera pas exproprié. » Voilà pour la question d'urgence. Quant à la question de principe, Chasset disait hardiment : « Le culte est un devoir de tous; tous sont censés en user, parce que le temple du Seigneur est ouvert à tous. La

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