RAPPORT DE CHASSET
milice sainte est entretenue pour Futilité de tous, de même que l'armée. Il est juste et constitutionnel de faire supporter les frais du culte à tous, par le moyen d'une imposition générale. » Ainsi, payer ses dettes, régir souverainement la religion et placer les évêques sous sa dépendance comme les amiraux et les généraux, tel est le double avantage que l'Etat trouvera au régime d'un culte salarié et officiel. Cette pensée reparaîtra sans cesse dans la discussion et excitera une opposition qui aurait été plus digne si, en défendant l'indépendance du clergé, elle ne se fût attaquée à l'égalité religieuse et au droit de la conscience proclamé par la Révolution. Cliasset, conformément aux principes posés par lui, proposait d'abord que les biens de l'Eglise fussent désormais administrés par les assemblées de département et de district, que les dîmes fussent abolies à partir du -1er janvier de l'année suivante, et que le traitement de tous les ecclésiastiques fût, dès cette époque, payé en argent d'après les traitements votés par l'Assemblée. Chasset faisait en même temps connaître à l'Assemblée que la première section du comité ecclésiastique avait fixé la totalité de ces traitements, dans le plan de constitution qu'elle élaborait pour l'Eglise de France, à la somme de 133,884,800 fr. Rapprochant cette somme de celle que la dîme prélevait naguère d'une manière si fâcheuse sur l'agriculture, il en concluait que, grâce au régime nouveau, le pays réaliserait d'importantes économies tout en supprimant de déplorables abus. Ce qu'il avait dit à l'Assemblée des autres projets du comité ecclésiastique n'était pas de nature à pacifier la discussion, car sa communication faisait prévoir des mesures plus graves encore qui livreraient décidément l'Eglise au pouvoir civil.
Le débat commença deux jours plus tard. L'émotion la plus vive régnait dans l'Assemblée. Le côté droit frémissait de colère et d'indignation à chaque parole qui ramenait les conclusions du rapport de Chasset; car, pour lui, c'était l'extinction même de la religion que l'on allait prononcer. Aussi multipliait-il les observations passionnées et les appels indignés au Dieu de ses pères. A entendre les membres du haut clergé, on eût dit que le bù-
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cher du martyre était dressé au pied de la tribune. Il ne s'agissait pourtant que de quelques titres de rente à brûler. Lever les bras au ciel et crier au blasphème et à la persécution était tout à fait hors de propos ; car on donnait à penser, par de telles exagérations, que le catholicisme en France était non une croyance, mais un établissement. La noble conduite d'un grand nombre de ces mêmes prêtres au jour si prochain du péril allait heureusement montrer qu'il n'en était rien. On put voir, dès le début de la discussion, combien les esprits étaient excités. Un membre obscur de la majorité avait à peine prononcé quelques mots sur l'heureux effet d'une mesure qui dispenserait le clergé de tout le tracas d'une grande administration temporelle, que sa voix fut couverte par les murmures. Un abbé encore plus obscur s'écria : « Je supplie les ecclésiastiques de ne pas répondre un mot à tout ce qui va être dit. Mettons-nous entre les mains de Dieu, nous sommes ses ministres, et abandonnons-nous à sa sainte providence. » L'abbé Grégoire, dans un discours sensé, combat les propositions du comité des dîmes et demande que le clergé soit doté en fonds territoriaux, ce qui lui paraît tout ensemble plus sûr et plus honorable; mais, à part quelques curés de campagne, personne ne s'arrête à une opinion aussi modérée qui sauvegarde le droit de l'Etat. La lutte continue avec acharnement entre ceux qui veulent que l'Eglise demeure une grande et riche corporation, et ceux qui la réduisent à n'être plus qu'un simple département de l'administration du pays. Ces derniers parlent avec le calme hautain et impératif d'hommes sûrs de vaincre; à leurs yeux, la partie est gagnée depuis le 2 novembre. La nation, déclarée maîtresse des biens de l'Eglise, peut en faire ce qu'elle veut; le principe emporte sa conséquence. Ils ne manquent pas d'opposer aux réclamations ardentes du haut clergé l'antique tradition d'une Eglise glorieusement pauvre qui a vaincu le monde sans richesse et sans glaive. « Les ennemis de la religion, dit Treilhard, ont trouvé leurs arguments dans les contrastes d'un Dieu pauvre qui ne trouvait pas où reposer sa tête, et de ministres de ce même Dieu qui vivent entourés de tout l'appareil du luxe et de l'opulence. » « Quand la religion, ajoute