‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 67 sur 373 · DISCUSSION DE LA MOTION DE DOM GERLE · texte numérisé non relu

DISCUSSION DE LA MOTION DE DOM GERLE

lui avaient attiré une insultante interpellation du comte de Clermont Lodève, mais il ne daigna même pas la relever tant il appartenait tout entier, à cette heure du moins, à la cause de la liberté. Aussi, quand M. d'Estournel, député du Cambrésis, osa invoquer le serment que Louis XIV avait fait le 25 janvier 1675 de maintenir à Cambrai la religion catholique à l'exclusion d'aucune autre, Mirabeau ne se contint plus et , opposant souvenir historique à souvenir historique, il lança cette vive apostrophe au préopinant : a J'observerai à celui des orateurs qui a parlé avant moi, qu'il n'y a aucun doute que, sous un règne signalé par la révocation de l'Edit de Nantes, et que je ne qualifierai pas, on ait consacré toutes sortes d'intolérances; mais puisqu'on se permet des citations historiques dans cette matière, je vous supplierai de ne pas oublier que d'ici , de cette tribune où je vous parle, — et son geste achève sa pensée, — on aperçoit la fenêtre d'où la main d'un monarque français, armé contre ses sujets par d'exécrables factieux qui mêlèrent des intérêts temporels aux intérêts sacrés de la religion, tira l'arquebuse qui fut le signal de la Saint-Barthélemy. .Je n'en dis pas davantage : il n'y a pas lieu à délibérer. »

La majorité de l'Assemblée, en demandant le vote, croyait avoir mis fin au débat, mais le parti clérical l'engageait de nouveau à l'occasion de chaque amendement. L'abbé Maury en présenta un qui n'était que la proposition de Dom Gerle, à peine modifiée, mais il ne put sous ce prétexte faire entendre le long discours qui l'oppressait. Le vicomte de Mirabeau ne fut pas plus heureux. Le marquis de Foucault prétend que la force armée qui entoure l'Assemblée ôte toute liberté à la discussion, que la province qu'il a l'honneur de représenter ne l'a pas envoyé pour délibérer dans le tumulte des armes, et que dans le cas où la garde nationale aurait été convoquée pour la sûreté des députés, on eût dû les prévenir afin de ne pas les effrayer. Le mot était malheureux au sein d'une assemblée française. Aussi le malencontreux orateur fut-il forcé de déclarer que quant à lui il n'était pas effrayé. « Jamais, ajouta-t-il, la crainte et la frayeur n'ont eu et n'auront de prise sur moi. » Alors de quoi se plai-

Page 1