ÉCHEC DE LA MOTION
gnait-il? Ses dernières paroles se perdirent dans les rires. Le général Lafayette vint recueillir de grands applaudissements en assurant l'Assemblée qu'il n'était pas un garde national qui ne donnât jusqu'à la dernière goutte de son sang pour prêter main forte à l'exécution de ses décrets et garantir l'inviolabilité personnelle de ses membres. L'abbé Maury et le vicomte de Mirabeau n'en furent pas moins hués et coururent quelque danger au sortir de la séance. L'ordre du jour de Larochefoucauld avait été voté dans ces termes : « L'Assemblée nationale, considérant qu'elle n'a ni ne peut avoir aucun pouvoir à exercer sur les consciences et sur les opinions religieuses, que la majesté de la religion et le respect profond qui lui est dû ne permettent pas qu'elle devienne l'objet d'une délibération; considérant que rattachement de l'Assemblée nationale au culte catholique, apostolique et romain, ne saurait être mis en doute dans le moment même où ce culte va être mis par elle à la première classe des dépenses publiques, et où, par un mouvement unanime, elle a prouvé son respect de la seule manière qui pouvait convenir au caractère de l'Assemblée nationale, a décrété et décrète qu'elle ne peut ni ne doit délibérer sur la motion proposée et qu'elle va reprendre l'ordre du jour concernant les biens ecclésiastiques. »
La soirée fut encore très agitée, les Tuileries furent fermées et les postes doublés, la presse démocratique continua à souffler la haine contre le clergé. « Nos ennemis, lisons-nous dans les Annales patriotiques* , ont parlé de séparation et de protestation. Hier matin ils ont tout tenté pour empêcher le décret qui va déclarer la nation propriétaire des biens du clergé. Dieu ne nous a-t-il pas dit : Quittez tout et suivez-moi? Mais on connaît l'artifice des prêtres aristocrates; ils veulent, si la religion est déclarée nationale, en conclure qu'on ne peut priver le clergé de ses fonds territoriaux , et si la motion est rejetée crier à l'impiété, au sacrilège, et faire lapider par des fanatiques les défenseurs du peuple. » Il y eut encore après la séance une