‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 70 sur 373 · INCONSÉQUENCES DES DEUX PARTIS · texte numérisé non relu

INCONSÉQUENCES DES DEUX PARTIS

un royaume florissant. Les offres que l'archevêque d'Aix avait faites au nom du clergé furent inutilement réitérées, l'Assemblée passa outre dédaigneusement et laissa également tomber la nouvelle protestation de l'évêque de Clermont, qui déclara ne plus participer à la délibération. Les articles présentés par Chasset furent successivement votés, et le principe du salaire des cultes par l'Etat fut consacré *.

Le résultat de ces mémorables débats était essentiellement contradictoire. L'Assemblée avait refusé avec raison de proclamer une religion nationale, et elle préparait une religion civile. Aux partisans fougueux de l'union du trône et de l'autel, les orateurs de la majorité avaient répondu que les convictions religieuses ne se votaient pas, que ce qui relève de la conscience appartient à l'individu et que nul n'a le droit de rendre ses propres opinions dominantes. Et cependant, le salaire des cultes avait été voté sur ce considérant développé par Chasset, « que le culte est un devoir de tous, que tous sont censés en user, et que la milice sainte est entretenue de même que l'armée pour l'utilité de tous.» Si le culte catholique est considéré par le législateur comme le devoir de tous, on ne voit pas pourquoi il se refuserait à le proclamer culte national, et on ne comprend plus sur quel principe repose ce droit des convictions individuelles que le baron de Menou avait invoqué avec tant de netteté. En assimilant la religion à l'armée, à la marine, à la magistrature, on retombe dans l'ornière d'où l'on voulait sortir, alors que l'on répudiait avec éclat le principe d'une religion d'Etat. D'une autre part, le parti des évêques et des nobles ne manquait pas moins de logique en se fondant sur l'indépendance de l'Eglise pour repousser le salaire du gouvernement au moment même où il demandait que le culte catholique fût adopté formellement par le pouvoir civil. C'était se placer sur le terrain des prescriptions légales qui, favo-

1. Voir pour cette importante délibération de la Constituante (Moniteur d'avril) : Y Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, V, p. 345-396; les Mémoires du marquis de Fcrrières, I. L'Histoire de M. Louis Blanc en renferme un récit très animé.

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