INCONSÉQUENCES DES DEUX PARTIS
rables un jour à leur foi, pouvaient le lendemain se retourner contre eux sans qu'ils eussent le droit de se plaindre; c'était déserter l'asile inviolable de la liberté de la religion qui est la conscience individuelle; c'était oublier que celle-ci doit être placée en dehors des atteintes du pouvoir civil aussi bien pour les privilèges que pour la contrainte, car tout privilège procède du bon plaisir, et le bon plaisir est la négation du droit. Mais ce qu'il y avait de plus grave, c'est que le parti clérical demandait un monopole et voulait établir son droit à l'exclusion du droit des minorités religieuses. Or, le droit est indivisible ; on ne l'obtient pour soi qu'en le réclamant pour les autres. A ce titre, un clergé fonctionnaire et salarié était un progrès sur un clergé privilégié et dominateur. L'égalité religieuse triomphait, mais il faut bien se garder de la confondre avec la vraie liberté religieuse qui est inséparable de l'indépendance de la société spirituelle. Il y aurait de l'injustice à se montrer aussi sévère pour la majorité de l'Assemblée que pour le parti des évêques. La différence était grande entre une fâcheuse inconséquence et un retour pur et simple à l'ancien régime. L'adoption de la motion de Larochefoucauld était un triomphe important pour la cause libérale. Les considérants qui déclaraient que l'Assemblée nationale n'avait aucun pouvoir à exercer sur les consciences et que la majesté de la religion ne permettait pas qu'elle devînt l'objet d'une délibération, suffisaient pour condamner d'avance tous les abus de pouvoir auxquels on allait se laisser trop tôt entraîner. La séparation du temporel et du spirituel était consacrée en principe, et Mirabeau résuma admirablement en deux traits la doctrine qui avait prévalu quand il s'écria: « Cette assemblée est nationale et non théologienne ! » Sachons discerner le progrès dans la marche vacillante de l'humanité toujours partagée entre sa raison et ses passions.
Nous avons suffisamment insisté sur les fautes et les inconséquences de nos pères dans cette phase de la Révolution française, et nous aurons plus d'une fois l'occasion de signaler les funestes résultats de leurs erreurs; tout ce qu'ils ont refusé à l'indépeu-