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PROJET DE LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ

la loi de la résidence à tous ceux qui sont revêtus d'un office ecclésiastique et les place sous la surveillance et l'autorité des municipalités.

Ce premier aperçu du projet de loi en révèle toute la gravité. En vain les fervents apologistes de la Révolution française prétendent-ils qu'il respectait la dignité et l'indépendance de la société religieuse en se contentant de réformes purement extérieures qui ne touchaient pas au dogme. Bouleverser à ce point l'organisation de l'Eglise catholique, trancher la question si délicate de ses relations avec la papauté, transformer entièrement l'épiscopat en en faisant une espèce de souveraineté constitutionnelle avec des ministres responsables, asseoir tout l'édifice ecclésiastique sur l'élection populaire, c'était évidemment faire une œuvre réformatrice qui, venant d'une assemblée politique, était un abus de pouvoir sans excuse. 11 importe peu que telle ou telle des réformes proposées fût bonne en soi et se réclamât à bon droit des plus antiques traditions du christianisme. Rien ne pouvait racheter le vice de son origine; l'Eglise était en définitive placée sous la dépendance absolue du pouvoir civil. Ses représentants avaient raison de protester contre un tel projet de loi et, après en avoir combattu le principe dans la discussion générale, de disputer pied à pied le terrain. Seulement il était bien tard pour réclamer un concile réformateur. S'ils avaient les premiers travaillé à extirper les scandaleux abus qui frappaient tous les yeux, on les eût mieux écoutés quand ils se déclaraient prêts à les faire disparaître. Quel malheur pour l'Eglise de France de n'avoir pas partagé plus tôt et pour elle-même l'ardent besoin de réforme qui travaillait la génération de 1789 !

La discussion ouverte le 29 mai manqua de grandeur et d'éclat. La partie était perdue d'avance. Le clergé avait épuisé les protestations grandioses dans la discussion soulevée par la motion de Dom Gerle. Quelque fondé qu'il fût cette fois dans ses résistances, ses sorties à grand fracas de la salle des séances faisaient l'effet de coups de théâtre arrêtés d'avance, et comme il finissait par rentrer avec les députés de la droite qui l'avaient suivi, celte retraite sur un mont-sucré d'où l'on redescendait sitôt

DISCUSSION GÉNÉRALE. Ho

pour disputer un lambeau de privilège n'étonnait plus personne et la délibération continuait comme si de rien n'était. La discussion générale ne fut pas prolongée. A quoi eût elle servi? L'opposition des principes était radicale.

L'archevêque d'Aix dans un discours ému et confus exprima la douleur et l'indignation de son parti. Il déclara non sans dignité que dans la délibération présente il s'agissait d'un ordre de choses dans lequel les rois et les magistrats devaient obéir. « Le comité veut rappeler les ecclésiastiques à la pureté delà primitive Eglise. Ce ne sont pas des évêques, successeurs des apôtres, ce ne sont pas des pasteurs chargés de prêcher l'évangile, qui peuvent rejeter cette méthode, mais puisque le comité nous rappelle notre devoir, il nous permettra de le faire souvenir de nos droits. Il faut donc lui rappeler l'indispensable autorité de l'Eglise; il s'agit des vérités de la religion. Il s'agit de la juridiction purement spirituelle. L'Eglise seule peut gouverner le spirituel. Nous ne pouvons en aucun cas renoncer aux formes prescrites par les conciles. Nous vous proposons de consulter l'Eglise gallicane par un concile national. » Une telle proposition était inattaquable. C'était la seule qui fût libérale et elle eût certainement passé si l'assemblée, en adoptant le principe du salaire des cultes, n'eût déjà réduit l'Eglise à n'être plus qu'un département de l'administration du pays. Treilhard dans la séance du 29 mai fit rudement sentir la main de l'Etat aux défenseurs de l'indépendance de l'Eglise. Dans la première partie de son discours il établit l'utilité, l'opportunité des réformes proposées; il signale avec force les désordres de l'ancien état de choses qui sanctionnait l'inégalité la plus scandaleuse entre les ministres d'un même culte, mettait les élections des bénéficiaires ecclésiastiques à la merci des intrigues d'une cour corrompue où dominaient trop souvent les caprices d'une favorite, et engendrait mille fâcheux désordres au plus grand détriment du christianisme. Toutes ces réflexions étaient parfaitement justes en fait, L'orateur avait également raison lorsqu'il montrait que le projet se rapprochait davantage de l'Eglise primitive que l'organisation actuelle de l'Eglise#de France et que l'élection de l'apôtre qui remplaça

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