‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 88 sur 373 · LA GUERRE ÉCLATE ENTRE LA RÉVOLUTION ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA GUERRE ÉCLATE ENTRE LA RÉVOLUTION ET LA RELIGION

pation d'écraser un puissant adversaire. Pour comprendre que l'Assemblée en soit venue à imposer le serment politique aux ecclésiastiques, il faut avoir suivi dans les provinces les progrès de la réaction religieuse dont le pape prit l'initiative.

Ce fut la Révolution qui commença la guerre. Le peuple de Paris, d'abord assez favorable aux prêtres, s'accoutuma promptement à voir dans leur costume un symbole de l'ancien régime et après les événements d'octobre il se montra très disposé à les insulter. Grégoire se plaignit amèrement dans la séance du 8 octobre 1789 de ce que, méconnaissant le patriotisme des curés, le peuple de Paris les outrageait et leur adressait les menaces les plus effrayantes. Il demandait que l'Assemblée fit des proclamations spéciales pour la sûreté des députés du clergé, motion qui fut rejetée sur l'observation de Mirabeau qu'il n'était point nécessaire de mettre les membres de l'Assemblée sous la sauvegarde d'un nouveau décret, après celui qui avait assuré leur inviolabilité. Dès le 15 octobre, l'archevêque de Paris qui avait dû déjà se défendre dans un mandement contre l'accusation « d'avoir soutenu auprès du roi les intérêts des riches et des puissants contre les petits et les faibles, » demandait des passe-ports et ouvrait la marche de l'émigration. Vers le milieu du même mois, un mandement insensé de l'évêque de Tréguier envenimait les luttes religieuses. Il y prenait ouvertement le parti de l'ancien régime et s'attribuait le rôle de Thomas de Cantorbéry contre des nouveautés dangereuses. Il chargeait des plus sombres couleurs le tableau des troubles civils et poussait un cri d'alarme qui était un vrai coup de tocsin en Bretagne : « La religion est anéantie , disait-il, ses ministres sont réduits à la triste condition de commis appointés par des brigands. » La liberté religieuse était stigmatisée ouvertement dans ce libelle épiscopal, qui se terminait par un appel à la coalition des nobles et des paysans contre le tiers état. Cette imprudente provocation motiva après un vif débat un ordre du jour sévère qui renvoyait l'évêque devant le tribunal chargé de juger des crimes de lèse-nation. Cette malheureuse affaire laissa dans les cœurs une vive irritation qui allait rendre bien difficile,

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