‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 90 sur 373 · TROUBLES DANS LE MIDI ET EN ALSACE · texte numérisé non relu

TROUBLES DANS LE MIDI ET EN ALSACE

semblée nationale eut refusé de proclamer le catholicisme comme la religion d'Etat. Les masses ignorantes et dévotes de Nîmes, d'Uzès et de Montauban montrèrent autant de fureur contre ceux qui avaient aboli un odieux privilège que le peuple de Paris en avait montré contre ses soutiens. D'une part comme de l'autre, le premier rôle appartient à la violence et la liberté sort meurtrie du choc de ces forces aveugles et brutales. Dès que parvint dans le Midi la nouvelle du rejet de la motion de Dom Gerle et des protestations auxquelles le vote de l'Assemblée avait donné lieu, on se prépara sous l'excitation du clergé à envoyer à Paris d'ardentes réclamations en faveur de l'unité religieuse. Le mardi, 20 avril, il y eut une assemblée nombreuse dans l'église des Pénitents blancs à Nîmes. Ils décidèrent unanimement de demander au roi et à l'Assemblée nationale que la religion catholique, apostolique et romaine fût déclarée par un décret solennel la religion de l'Etat et jouît seule des honneurs du culte public sans qu'aucun changement dans la hiérarchie ecclésiastique fût toléré. De pareilles mesures ne se prennent pas pacifiquement dans une ville comme Nîmes; cette délibération avait été précédée et suivie d'une grande effervescence de la population qui traduisait à sa manière le principe de l'unité religieuse en criant : Tue, tue! sur le passage des protestants. Des hommes à cocarde blanche, armés de fusils, entretenaient dans la ville une agitation qui présageait les pins graves événements. Des délibérations et des manifestations semblables avaient eu lieu à Uzès et en Alsace; les juifs dans cette dernière contrée avaient été maltraités. Le parti catholique avait choisi le plus mauvais terrain pour planter son drapeau ; il revendiquait ce qu'il y avait de plus regrettable dans l'ancienne organisation de la religion en France, ce qui blessait le plus profondément le sentiment de la justice. C'était mal débuter dans une lutte où les fautes de ses adversaires devaient bientôt lui donner tant d'avantages. Il se préparait a défendre les droits de la conscience en demandant qu'on les effaçât dans la constitution du pays, singulière contradiction qui ne doit étonner que ceux qui ne connaissent pas la mobile nature humaine. Le parti catholique avait en outre le tort grave de

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