De Félico, Histoire des Protestants, p
EMEUTE A MONTAI" BAiN. 131
les malheurs survenus à Nîmes furent l'effet naturel d'un abominable complot digne du temps des Guise. Le parli qui provoqua les lamentables événements de juin ne défendait pas les libertés de l'Eglise mais ce qu'il y avait de plus odieux dans ses privilèges et de plus insensé dans les prétentions du fanatisme.
Des faits analogues s'étaient passés le mois précédent à Montauban. Les officiers de la municipalité n'avaient pu opérer la vente des couvents supprimés qu'à travers les plus grands périls, et avaient dû traverser une foule rendue furieuse par le mandement delevêque ; sur le seuil des femmes gémissantes se tenaient à genoux comme pour défendre le sanctuaire. L'hôtel-de-vilie avait été envahi; six dragons, dont cinq protestants, avaient été massacrés ; d'autres avaient été traînés à la cathédrale le cierge en main pour faire amende honorable. A ces nouvelles la garde nationale de Bordeaux était partie spontanément pour venger la Révolution, mais déjà le calme s'était rétabli dans les rues sinon dans les esprits. Toutes ces nouvelles arrivant coup sur coup à l'Assemblée motivaient des mesures sévères, mais surtout la poussaient en l'exaspérant à traiter l'Eglise en ennemie1.
Ces agitations de rue étaient infiniment moins graves que la résistance qui s'organisait sous les auspices du haut clergé sur toute la surface du pays. Il ne se pouvait pas que du fond des évêchés et des presbytères ne s'élevât une énergique protestation en faveur de l'indépendance de l'Eglise. Malheureusement sous ce nom on n'entendait pas seulement le maintien de ses droits mais encore la sanction de ses privilèges, et des passions follement réactionnaires compromettaient une cause qui en elle-même était juste. Nous retrouverons sans cesse dans les mandements épiscopaux ce tuneste mélange d'un attachement sincère aux libertés de l'Eglise et d'une haine absurde
1. Voir sur ces troubles le Moniteur, et les volumes V et VI de YHistoire parlemêntaire de Bûchez et Roux; comme aussi le volume IV de V Histoire de la Révolution, de Louis Blanc, le volume V de celle de ftlichelet et le volume H des Mémoires de Matthieu Dumas.