‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 95 sur 373 · LE SAINT-PÈRE CONDAMNE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LE SAINT-PÈRE CONDAMNE LA RÉVOLUTION

l'Eglise. On sait ce que ces mots signifiaient dans le langage de la chancellerie romaine. Ainsi ce sont les principes les plus élémentaires de la société moderne que le pape maudit expressément; ce qu'il regrette, c'est l'ancien régime avec ses abus les plus odieux. Il associe à la cause du despotisme celle des libertés de l'Eglise et il montre clairement que les droits du clergé sont seuls sacrés à ses yeux. Cela ôte toute valeur à ses réclamations contre les décrets de l'Assemblée qui ont porté atteinte à la conscience religieuse, car ce qu'il voudrait voir rétabli est cent fois pire que ce qu'il combat. Entre le régime del'Edit de Nantes et la constitution civile du cierge nulle comparaison n'est possible. Dès le premier jour de lutte la papauté oubliant ses réserves prudentes prend parti contre la France nouvelle et n'a pour la liberté que des anathèmes. Il ne faut pas oublier à la décharge de la Révolution cette attitude du chef du catholicisme devenu le chef de la réaction politique. Derrière l'Eglise l'Assemblée nationale voyait sans cesse l'ancien régime. Ce!a ne suffit pas pour juslifier ses injustices, car la grande politique consiste à ne pas se laisser entraîner hors de sa voie pur les fautes de ses adversaires.

On peut voir par la correspondance intime du Vatican combien le saint-siége s'était écarté de la politique de neutralité qui lui convient seule en lace des changeantes fortunes d'un pays en révolution. L'année suivante, on crut quelques jours à Rome que le roi avait réussi à s'échapper; le pape lui écrivit aussitôt. Sa lettre respire l'exaltation de la joie la plus vive non-seulement de ce qu'il a pu sortir de cette abominable ville de Paris pour rejoindre l'émigration, mais encore de ce qu'il pourra bientôt rentrer en vainqueur dans son royaume pour y ressaisir son ancien pouvoir, restaurer les anciennes lois et briser ainsi la résistance de son peuple l. Les mêmes voeux sont exprimés au comte de Provence. Sans doute ces lettres comme le discours du pape au consistoire du 9 mars 1790 ne devaient rece-

1. « Receptamate pristinara potestatem tuam, redactas legesjuraqueomnia restituta. » (Theiner, p. 100.)

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