LETTRE DE LOUIS XVT AU PAPE
voir aucune publicité, mais qu'est-ce qui est jamais entièrement secret dans le monde politique? On savait très bien à Paris ce qu'on pensait et disait à Rome. C'était une guerre mortelle qui s'engageait pour le plus grand dommage de l'Eglise et de l'Etat.
Dans l'intervalle qui s'écoula entre le vote de la constitution civile du clergé et la sanction royale, les lettres du pape à Louis XVI et au clergé de France sont nombreuses et pressantes. Le moment de lancer le bref qui partagera en deux l'Eglise gallicane n'est pas encore venu , il faut que l'on soit auparavant assuré de l'appui d'une fraction importante du clergé et l'on travaille à Rome à réchauffer le zèle de ses membres les plus influents tout en cherchant à agir fortement sur la conscience du roi pour qu'il refuse sa sanction au décret de l'Assemblée. Non-seulement le saint-père s'adresse directement à lui par des lettres énergiques parfaitement calculées pour jeter ie trouble dans son esprit vacillant et timoré l3 mais il invite les archevêques de Vienne et de Bordeaux , membres de son conseil , à peser sur sa détermination. Il est certain que Louis XVI, à cette époque, désirait vivement que le saint-père autorisât la consîitulion civile du clergé afin de sanctionner, sans scrupule, un décret auquel il sentait bien qu'il ne pourrait pas longtemps opposer son veto, car la pression de l'opinion publique devenait irrésistible. Le 28 juillet il écrit au pape une lettre presque suppliante : « Votre Sainteté, dit-il, sent mieux que personne combien il importe de conserver les nœuds qui unissent la France au saint-siége. Elle ne mettra pas en doute que l'intérêt le plus puisant de la religion, dans la situation présente des affaires, ne soit de prévenir une division funeste2. Le cardinal de Bernis, ambassadeur de France auprès du saint-siége était chargé de présenter un mémoire à l'appui de cette requête. Le cardinal, dans ce document écrit en italien et accompagné d'une note confidentielle, expose la gravité des périls qui entourent le roi de France, placé entre