LE PAPE REFUSE SA SANCTION A LA CONSTITUTION CIVILE
un peuple soulevé et une Assemblée qui ne s'appartient plus à elle-même tant elle subit l'influence des agitations du dehors. Il supplie le saint-père de donner au moins une sanclion provisoire qui remette les décisions définitives à des temps plus calmes mais qui ne prolonge pas une situation intolérable et dangereuse pour le roi, car si de prudentes lenteurs ont réussi bien souvent à la cour de Rome, elles ne feraient maintenant que répandre la plus terrible exaspération en France et nul n'en peut prévoiries conséquences1. Le cardinal de Bernis ne dissimule pas l'indignation que lui inspirent tant d'attentats contre les droits de l'Eglise, mais il n'en est pas moins convaincu qu'il faut leur donner raison en apparence pour éviter de pius grands malheurs. Le pape dans sa réponse se borne à annoncer la convocation d'une congrégation pour examiner les propositions du cardinal de Bernis, mais déjà il fait entendre qu'aucune concession n'est possible parce que les bornes qui séparent la puissance temporelle et la puissance spirituelle n'ont pas été maintenues. A peine le roi a-t-il sanctionné le décret que le pape lui envoie de Rome une protestation énergique qui met le comble à sa douleur, tout en faisant pressentir le bref qui tranchera la question et constituera le schisme en France. L'Assemblée nationale avait été très irritée des retards de la réponse pontificale. Elle savait qu'une formidable opposition s'organisait contre elle et elle en était comme aiguillonnée dans sa précipitation souvent imprudente.
La correspondance du pipe avec les évêques n'était pas moins active. A tous la résistance est recommandée; aux plus bouillants comme à l'évêque de Saint-Pol de Léon, on ajoute le conseil de la prudence, mais à la condition de ne point pactiser avec les intrus. L'archevêque de Sens, disposé h se ranger à la nouvelle constitution, est sévèrement gourmandé; on lui rappelle qu'il faut tout supporter plutôt que de céder. L'évêque de Toulon est approuvé dans sa véhémente indignation. L'abbé Thoumin-Devonspons, qui venait d'être élu au siège de Laval, est encouragé à repousser un épiscopat avili ; on le presse de faire
l. Théine^ I, p. 267.
13G PROTESTATION" DES ÉVÊQUES DE l\\SSEMBLÉE.
connaître publiquement son refus1. La direction du mouvement de résistance est à Rome et tout se prépare pour l'activer encore.
Plusieurs actes publics, émanés du haut clergé, agirent fortement sur Fopinion pendant cette période d'attente. Le plus important fut Y Exposition des principes su?' la constitution du clergé par les êvêques députés à T Assemblée nationale'1. On y retrouve tous les arguments présentés à la tribune de l'Assemblée, avec un grand luxe de citations savantes. Le ton en est digne et modéré; l'incompétence du pouvoir politique pour réorganiser l'Eglise de France est établie avec force et éloquence; les évêques insistent sur chacune des graves innovations du nouveau décret. L'archevêque d'Arles, qui rédigea cet exposé, eut le bon esprit de n'y point insérer de récriminations contre l'établissement de la liberté politique et de ne pas mêler la cause de l'ancien régime à celle de l'indépendance de l'Eglise. On ne peut que souscrire à des paroles comme celles-ci : « Si la puissance civile veut faire des changements dans l'ordre de la religion, sans le concours de l'Eglise, elle contredit les principes et ne les détruit pas. Nous voulons connaître le vœu de l'Eglise afin de rétablir un accord nécessaire entre la puissance civile et la puissance ecclésiastique et de maintenir par leur union le repos des consciences et la tranquillité publique. Il faut que l'Eglise soit représentée comme la naiion. On ne peut pas confondre l'exercice du pouvoir des citoyens avec l'expression de la croyance des fidèles. Nous avons proposé la convocation d'un concile national. Il semble qu'on raisonne sur la discipline de l'Eglise comme sur la police des Etats. Ce n'est point selon les intérêts politiques et les différences locales qu'on peut changer les principes d'une religion dont les dogmes sont les objets d'une foi surnaturelle et dont la morale est universelle. » Les évêques concluaient en disant que, désireux d'éviter le schisme, ils ne pouvaient le transporter dans leurs principes et que leur devoir était d'attendre avec confiance