Brefs de Pie VI, t
a. Collection ecclésiastique, par l'abbé Barruel, p. 151. Paris, 1792
la réponse du surcesseur de saint Pierre. Cet exposé de principes, après avoir été signé par les évêqnes et le plus grand nombre des curés siégeant à l'Assemblée, reçut l'adhésion de 104 évêques français, de 7 évêques étrangers qui avaient des enclaves en France et d'un nombre considérable de curés. Il donna lieu à de vifs débats dans la presse.
Les évêques eussent bien fait de s'en tenir à ce manifeste écrit avec autant d'habileté que de modération; mais chacun d'eux suivait son impulsion et les mandements irritants se multiplièrent. Beaucoup d'entre eux ne se contentèrent pas de reproduire l'argumentation de V Exposé avec des formes plus vives ; ils y ajoutèrent de violents anathèmes contre la Révolution, oubliant ainsi qu'en sortant du domaine religieux ils perdaient le droit de reprocher à l'Etat d'y faire irruption. De part et d'autre, la ligne de démarcation entre les deux puissances était effacée par les passions du moment. C'est ainsi que Févêque de Toulon, dans un avertissement aux fidèles de son diocèse, publié le 1er juillet 1790, après une protestation motivée contre la constitution civile du clergé se permettait un langage tout à fait factieux : «Hélas! mes frères, disait -il, la malheureuse expérience que vous faites de l'indépendance que l'on vous a prêchée, de la souveraineté que l'on vous a attribuée, et dont on vous a flatté, devrait bien opérer un retour salutaire sur vous-mêmes et vous prosterner aux pieds du monarque vertueux et bienfaisant qui nous gouverne, pour le conjurer de reprendre l'autorité dont vous n'avez jamais pu avoir le droit de le dépouiller. Il est bon , vous le savez , et vous gouvernera en père. » On ne pouvait réclamer plus onctueusenient un coup d'Etat. La Révolution était peinte sous les couleurs les plus vives comme un long crime dont il fallait implorer le pardon. « Qu'estce donc, s'écriait Tévêque, que cette regénération qui vous a été solennellement promise? Au lieu du bonne jr dont vous désirez jouir, je ne vois partout que confusion, désordres et anarchie1. » L'archevêque de Vienne, mieux inspiré dans d'autres circons-
i. Voir la collection Barruel, I, p. 528.
tances, se plaignait amèrement de ce que les brebis du troupeau, au lieu de suivre docilement leurs pasteurs, se fussent mises à les conduire. Un troupeau, tenu en servitude par le sceptre duroi et la houlette du prêtre, c'est bien ce que devait être la nation aux yeux de ce trop sincère apologiste de l'ancien régime, mais il avait le tort de le dire tout haut à la France émancipée. Il protestait également par voie indirecte contre la liberté de conscience et la liberté de la presse *; ces imprudences devaient être bientôt payées bit n cher. La proclamation et la mise à exécution de la constitution civile du clergé par les administrations départementales donnèrent lieu à des protestations plus efficaces parce qu'elles aboutissaient à une résistance véritable contre les décrets de l'Assemblée. L'évêque de Senez, dont le siège avait été supprimé, adressa, le 8 novembre, aux maires et aux conseillers municipaux qui avaient affiché le décret à la grande porte de l'église cathédrale, les plus vives réclamations. On y lisait des paroles comme celles-ci : « Si telle est la Révolution tant préconisée, si semblable à ce roi superbe dont il est parlé dans le prophète Daniel, elle foule aux pieds les saints du Très-Haut, et croit pouvoir changer les temps et les lois que le Seigneur a établis, vous saurez, messieurs, que les oracles n'ont pas cessé dans Israël, et qu'un évêque ne tourne pas à tout vent de doctrine. »
L'évêque de Léon ne s'exprimait pas en termes moins énergiques en réponse aux administrateurs de son district qui l'avaient désigné comme Ycmcicn évêque de Léon : « En vain l'Assemblée nationale, disait-il, portera des décrets, en vain ses agents en presseront l'exécution; quand l'homme ordonne ce que Dieu défend, c'est à Dieu seul qu'il faut obéir. » L'archevêque d'Auch répondait au procureur syndic du département du Gers qui le pressait de se conformer à la constitution civile du clergé : « Je répéterai sans cesse ces paroles de Jean-Baptiste: Non tîltt ! » Une voix plus touchante et plus émouvante se fit entendre ; elle venait d'au delà du tombeau et comme des bords de l'éternité :