‹ L'église et le monastère du Val-de-Grâce, 1645-1665Chapitre 10 sur 30 · Germain Brice · texte numérisé non relu

Germain Brice

temps avant d’entrer aux Carmélites de la rue Saint-Jacques. On montre deux portes, l et n (PI. III), entre lesquelles elle se serait réfugiée pour échapper aux recherches et aux poursuites du Roi; mais rien ne fixe le fait ni le lieu d’une façon positive.

En 1662, les travaux étaient assez avancés pour que, le 29 janvier, J. -B. de Conti, doyen de l’église de Paris, conseiller ordinaire du Roi en ses Conseils d’Etat et privés, assisté d’un nombreux clergé, et en grande pompe, put bénir le chœur, l’avant-chœur et la tribune qui est audessus de l’avant-chœur, pour servir à dire matines.1 La chapelle était revêtue de tapisseries de satin de Chine, ornées de bordures de brocatelle faites exprès. On dépensa 20,000 livres dans cette circonstance. La Reine-mère assista, dit-on, à cette cérémonie avec une grande dévotion et un bonheur indicible.

C’est après vingt années de travaux, en 1665, que l’église et le monastère furent complètement terminés.2

Le 21 mars de cette même année on dressa un autel dans la chapelle Sainte-Anne, située à gauche du dôme, et où furent transportés le tabernacle et tous les ornements qui avaient décoré le chœur des religieuses. Jean Gosselin, confesseur du monastère, bénit cette chapelle, et messire Hardouin de Perefix de Beaumont, archevêque de Paris, célébra la première messe basse en présence de la Reine fondatrice, à qui il donna la communion.

1. Il s’agit ici de la chapelle Saint-Louis, à droite du dôme, qui était destinée aux religieuses.

2. La tour du Dôme était élevée depuis déjà au moins cinq ans, car on lit à la partie supérieure du mur de l’escalier, dans l’intérieur, ces mots grossièrement gravés : PIERRE FOURNIER. 1660. — S. BAUCOURT. 1660.

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La Reine-mère resta également à la deuxième messe qui fut dite par messire François Faure, évêque d’Amiens. 11 y eut un grand nombre de princesses et de dames de la cour qui y assistèrent, entre autres mademoiselle Louise d’Orléans de Montpensier, la princesse de Conti, la duchesse de Vendôme, la comtesse d’Arcourt, mademoiselle de Guise, mademoiselle d’Elbœuf, la comtesse de Wurtemberg, la duchesse d’ Aiguillon et beaucoup d’autres dames de qualité. Messire Guillaume Leboux, évêque de Dax, prononça le sermon. Invité par la Reine à s’abstenir de tout éloge à son endroit, il déclara que s’il devait se taire, les pierres et les bas-reliefs du temple parleraient pour lui, et transmettraient, beaucoup mieux que ses paroles, la piété et les vertus de la Reine fondatrice à la postérité la plus reculée1.

A partir de cette époque le service religieux fut continué sans interruption dans l’église du Val-de-Grâce. Cependant elle n’était pas encore consacrée.

Le maître-autel et son baldaquin étaient-ils construits en 1665? Il existe une ancienne gravure qui les représente, faite, dit le titre placé au bas de la planche, sur les dessins de F. Mansart, et datée de 17... Les deux derniers chiffres manquent. Mansart, en 1700, était mort depuis trente-quatre ans, et Gabriel Le Duc ayant été chargé d’exécuter le maîtreautel sur ses propres dessins, on n’aperçoit pas bien dans quel intérêt cette gravure a été publiée; on ne voitpas davantage le motif pour lequel la date est restée incomplète. Le

1. M. L’abbé H. de Bertrand de Beuvron, premier aumônier de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, a écrit, en 1865, une Notice sur cet ancien monastère, réimprimée en 1873, et dans laquelle il rapporte la cérémonie de la bénédiction de l’église ainsi que d’autres détails fort intéressants sur l’histoire de l’édifice et sur l’édifice lui-même.

maître-autel ni le baldaquin n’y sont d’ailleurs tout à fait conformes à ceux qui ont été exécutés par Gabriel Le Duc, non plus qu’à ceux figurés sur d’autres gravures anciennes, également inexactes, bien que l’idée générale de toutes ces compositions soit un peu la même1.

11 y avait sur ce maître-autel un groupe de marbre composé de trois figures : la Sainte-Vierge, Saint-Joseph et l’Enfant- Jésus, représentant la Nativité. Il a toujours passé avec raison pour le chef-d’œuvre du statuaire François Anguier. On en fit depuis plusieurs imitations 5 nous en connaissons deux : l’une, pour l’église Sainte -Trinité, ancienne Abbaye-aux-Dames à Caen, l’autre, pour l’ancienne Abbaye-du-Bec (Eure). Aucun de ces ouvrages n’a été conservé dans le lieu pour lequel il avait été fait. Le groupe du Val-de-Grâce est à l’église Saint-Roch à Paris 5 celui de de l’ Abbaye-aux-Dames a été placé, en 1792, à l’église Notre-Dame, dite la Gloriette, à Caen, et celui de l’Abbayedu-Bec, dans l’église Sainte-Croix de Bernay. Le baldaquin qui recouvre ce dernier a été élevé vers 1683 par G. de la Tremblaye, frère convers de cette abbaye.

La consécration de l’église du Val-de-Grâce eut lieu définitivement au commencement du xvme siècle ainsi qu’il est dit dans une inscription gravée dans l’embrasure de la fenêtre au-dessus de la porte de la sacristie et qui est ainsi conçue :

Cette église a été consacrée par Mre François René de B auvau, évêque de Tourna y, le 2<j de septembre 1710.

La Reine-mère était morte le 20 janvier 1666, la même année que le grand artiste qui avait conçu les plans d’en-

1. La hauteur de ce baldaquin est de 19™, 30; celle de Saint-Pierre du Vatican est de 28n'i

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semble de l’abbaye royale. Sa mort plongea la France entière dans le deuil.

« Cette femme qui pendant sa vie, » dit M. l’abbé de Beuvron, « avait été en butte à tant d’accusations injustes, dont l’autorité avait été méconnue et la majesté outragée par les factions qui se disputaient le pouvoir, était l’objet de regrets universels et d’une vénération générale... Nulle part la douleur ne fut aussi profonde qu’au Val-de-Grâce. Le monastère, en effet, ne perdait pas seulement une souveraine, c’était une mère qui lui était enlevée... »

La Reine avait fait au monastère de nombreux présents d’orfèvrerie et donné des reliques d’une grande valeur et provenant de sources authentiques : on en comptait jusqu’à trois cents. Parmi ces présents on remarquait un. ostensoir, dit grand soleil, d’or émaillé de couleurs de feu et garni de diamants; il avait coûté sept années de travail et quinze mille francs de façpn. Elle y envoya la chemise et les gants du Roi afin qu’ils y fussent brûlés : la coutume l’exigeait dans la crainte que des fragments des Saintes Huiles qui s’y seraient attachées ne fussent profanées.

Elle donna aussi à l’abbave le privilège de recevoir et de conserver la première chaussure des princes du sang, et enfin celui plus précieux encore de garder en dépôt le cœur des princes et princesses de la famille royale.

On possède aux Archives nationales une Déclaration des biens mobiliers et immobiliers du 27 février 17 go par devant Jean Louis Le Couteulx de la Noraye, lieutenant du Maire au département du Domaine de la Ville de Paris, qui dit que, dans la galerie, « il est conservé avec respect le marteau et « la truelle dont s’est servi Louis XIV pour poser la première « pierre de cet édifice, la chemise de son sacre, le bonnet

« de nuit de Monsieur, son frère, les premiers bas et souliers « de la famille royale, le premier bonnet de Monseigneur le « duc de Normandie, à présent notre précieux Dauphin, l’es- « poir du peuple français. »

Une maladie grave de Madame, fille aînée du Roi, avait donné lieu à l’usage de déposer le cœur des princes et princesses du sang au Val-de-Grâce.

L’abbesse de la communauté, la révérende mère Dufour de Saint-Bernard, et la révérende mère Marie de Bourges de Saint-Benoît, qui avait été la deuxième abbesse élective, avaient supplié la Reine-mère, dans le cas où la princesse succomberait, de vouloir bien faire déposer son cœur au milieu des religieuses. Madame étant venue à mourir, Louis XIV consentit à cette demande, et, depuis cette époque, les cœurs des princes1 et princesses de la famille royale furent déposés dans le caveau situé au-dessous de la chapelle Sainte-Anne et qui a son entrée par une ouverture pratiquée dans le pavé de la chapelle.

« Celle-ci était tendue de drap noir depuis la voûte jusqu’en bas avec trois lés de velours chargés d’écussons aux armes de la feue Reine-mère ; au milieu est une estrade de trois degrés environnés d’une balustrade sur laquelle est

I. Celui du roi avait été déposé, en 1643, à l’église des Jésuites de la rue Saint-Antoine, dans un cœur en vermeil soutenu par deux anges en argent, de grandeur naturelle, suspendus sous le cintre d’une arcade de l’une des chapelles près du maître-autel; ce tut l'œuvre de Jacques Sarrasin. En 1720, Philippe d’Orléans, régent du royaume, fit faire un monument en tout semblable à ce dernier, pour le prix de 600,000 livres, à l’entrée de la chapelle située vis-à-vis de celle dont il vient d’ètre question, et dans lequel on déposa le cœur de Louis XIV ; ces deux anges pesaient 475 marcs d’argent. Ces divers objets furent portés, en 1793, au musée des Petits-Augustins et transportés ensuite au musée du Louvre; on ignore ce qu’ils sont devenus depuis cette époque.

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un tombeau en manière de représentation, composé de plusieurs petites laïettes séparées, garnies au dedans, les unes de velours noir, les autres de satin blanc, où chaque cœur est renfermé à part1; le tombeau est couvert d’un poêle de velours noir, croisé de moire d’argent, bordé d’hermine, avec les armes de la Reine-mère en broderie au-dessus duquel il y a un lit à pentes de même étoffe à crépines d’argent avec de semblables armes 2. »

Le cœur d’Anne d’Autriche y fut transféré le 22 janvier 1666. Lemaire (page 350) décrit toutes ces translations d’une façon très-détaillée.

Ces cœurs, qui en 1792 étaient au nombre de quarantecinq, ont subi le sort des corps des rois déposés à Saint- Denis, les cendres en ont été jetées au vent. Les boîtes en vermeil qui les contenaient furent envoyées à la Monnaie pour y être fondues. Les dispositions qu’on avait préparées dans le caveau existent encore aujourd’hui. On remarque dans une armoire de marbre fermée par une grille de fer, celui de « Damoiselle Marie Damby, Angloise », et celui du baron Larrey, médecin en chef des armées de l’empereur Napoléon Ier, décédé le 23 juillet 1842.

La fondatrice de l’abbaye royale du Val-de-Grâce ne s’en tint pas aux grandes et belles constructions que nous admirons, et aux nombreux et magnifiques ornements mobiliers dont Une partie existait encore lors de la grande révolution. Elle voulut pourvoir à l’entretien de l’église et du couvent en obtenant du Roi l’union de la mense abbatiale des Saints

1. Ils étaient embaumés dans un cœur de plomb contenu dans un autre cœur de vermeil surmonté d’une couronne de même métal.

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