ANNA AUSTRIA D. G. FRANCOR
REGNIQ. RECTR1X CVI SUBJECIT DEUS OMNES HOSTES UT CONDERET DOMUM IN NOMINE SUO. A. M. D. C. L.
Anne d’Autriche par la grâce de Dieu Reine de France et Régente du Royaume. Dieu a réduit sous son obéissance tous ses ennemis afin qu’ elle édifiât un temple en son honneur. Année 16 go.
La Reine, on le voit, voulait laisser sur le monument de sa prédilection une trace éclatante de sa victoire.
Cette princesse avait eu le projet de se faire bâtir un logement au Val-de-Grâce, séparé du corps des bâtiments du monastère; mais, considérant que les cloîtres n’étaientpas achevés, elle résolut d’y consacrer l’argent que son logement aurait pu coûter, et se fit disposer un appartement à l’encoignure du cloître au nord-est, en face du jardin. Le côté de cette encoignure qui regarde l’église est flanqué
d’un pavillon plus petit, à colonnes doriques, ornées de bossages et surmontées d’un étage ; c’était l’entrée de l’appartement de la Reine qui était resté jusqu’à la révolution tel qu’elle l’avait laissé à sa mort, avec ses boiseries sculptées, son ameublement, son prie-Dieu, son crucifix et plusieurs précieuses reliques. Tout a disparu. La pièce d’entrée, désignée actuellement sous le nom de salon d’Anne d’Autriche, a été restaurée par les ordres du ministre de la Guerre en 1869, et meublée par l’administration du Mobilier de la Couronne. 1 On y a retrouvé un fragment de l’ancienne cheminée (fig. 1) qui a servi à reconstruire celle qu’on y voit aujourd’hui. Le portrait de la Reine qu’on y a placé à cette époque est une copie, faite par Mme Roussel, d’après celui de Simon Voiiet conservé au musée de Versailles.
« Anne d’Autriche visitait souvent l’abbaye du Val-de -Grâce. Elle y couchait ordinairement depuis la veille de Noël jusqu’au jour des Saints- Innocents, à la Purification de Notre-Dame, au dimanche des Rameaux, depuis le Jeudi-Saint jusqu’au samedi suivant, à l’Assomption de la Sainte-Vierge, à la Toussaint et
1. Elle était alors dirigée par M. Williamson. Des meubles et des étoffes spéciales ont été fabriquées pour ce salon, d’après nos dessins. C’est dans cette pièce que sont reçus les souverains et les personnages de distinction qui viennent visiter l’hôpital.
18 L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE
en d’autres occasions. Depuis le commencement de sa régence jusqu’à sa mort elle y a passé cent quarante-six nuits, et elle y est entrée cinq cent trente-sept fois. »
« Il n’est pas douteux que si la Reine eût toujours habité Paris , le nombre de ses visites eût été beaucoup plus grand. »
« Jamais elle ne quittait la capitale sans aller voir auparavant ses hiles chéries du Val-de-Grâce pour en prendre congé; elle était en correspondance assez suivie avec la mère abbesse; et cette correspondance, écrite de sa main, était conservée dans les archives du couvent. Les personnes de marque, désireuses de faire leur cour à la Reine-mère, ne manquaient pas, en arrivant à Paris, d’aller incognito, faire leur première visite au monastère du Val-de-Grâce. »
« C’est ainsi que le 29 janvier 1660, avant de faire son entrée à Paris, la reine Marie-Thérèse d’Autriche s’était arrêtée au faubourg Saint-Jacques et s’était rendue sans suite au Val-de-Grâce. Marie-Henriette de France, reine d’Angleterre, y avait conduit le roi son fils, le 26 novembre 1651, accompagné du duc d’York. La princesse d’Orange, fille aînée d’Angleterre, la reine Christine de Suède et Marie de Gonzague y ont été reçues en cérémonie par l’ordre de la Reine. On sait qu’elle y introduisit elle-même le feu duc de Lorraine et don Juan d’Autriche, le 9 mars 1659, pour traiter secrètement du mariage de Louis XIV avec l’infante d’Espagne1. »
A propos de visites à la royale abbaye, mentionnons ici celle d’une autre sorte, faite, dit-on, par Louis XIV à mademoiselle de La Vallière qui s’y serait retirée pendant quelque