‹ L'église et le monastère du Val-de-Grâce, 1645-1665Chapitre 12 sur 30 · Tome XII, page J · texte numérisé non relu

Tome XII, page J

26 L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE

Années 1666 — 314,600 livres 7 sols 2 deniers.

Années 1681 — 10,400 livres » sols » deniers.

Somme totale — 370,283 livres 12 sols 9 deniers.

<( Il a encore été fait quelques dépenses depuis peu d’années pour revêtir de marbre le caveau des reines, destiné pour recevoir leur cœur et leurs entrailles. »

Cette dépense de 370,283 livres a été faite sous Colbert, de 1664 à 1690.

Elle comprend sans doute la somme de 130,000 francs, payée de 1666 à 1669, en neuf à -comptes, à Gabriel Le Duc et à Antoine du Val Broutil, entrepreneurs des bastiments du Val-de-Grâce 1 .

Dans le testament de la Reine, daté de 1665, il est dit qu’on a dépensé cette même année 200,000 livres, et en 1666, année de sa mort, une pareille somme de 200,000 livres.

Quant aux trois millions annoncés par le duc de Saint- Simon, et quoique l’argent ait beaucoup diminué de valeur depuis cette époque, ils doivent être encore bien audessous de la réalité.

En 1719, un terrible ouragan fit de grands ravages aux toitures du Val-de-Grâce, ainsi que le fait voir une requête adressée au Régent par les religieuses, et dont voici le libellé :

« A. Son Altesse Royalle Monseigneur le Duc Dorléans, « Régent du Royaume.

« Les Abbesse, Prieure et Religieuses de l’Abbaye

. Arch. nat., carton 1038, déjà cité.

« Royalle du Val-de-grâce Remontrent très humblement à « Vôtre Altesse Royalle qu’il leur est impossible, à cause « de leur peu de revenu de suporter la dépensé à faire « à leurs bâtimens provenant du dégât du grand vent arrivé «le 17 janvier 1719, dont les réparations monteront à la « somme de 4900 "y suivant l’estât et estimàon cy joint. « Le Roy Louis 14 persuadé qu’elles n’estoient pas suffi- « samment fondées a toujours eu la bonté de leur faire faire « les dittes réparâons ou de leur accorder des gratiffi- « câons extraordr,s dans de semblables occasions. Elles « ozent espérer la mesme grâce de Votre Altesse Royalle « qui connoist leurs pressans besoins et continuront leurs « vœux et prières pour la conservation du Roy de Vôtre « Auguste personne et de toute la famille Royalle. » Au-dessous est écrit : « Bon pour 5000 H de g r. » P.

A cette pièce, signée de l’initiale P et du paraphe de Philippe d’Orléans, est joint un devis ayant pour titre : « Estât des réparations à faire aux combles et vitraux de « l’église et du couvent du Val de Grâce causé par les « grands vents du 17 janv. 1 7 1 9 1 . »

Malgré que la communauté fût riche, les religieuses, qui suivaient la règle réformée de Saint-Benoît, menaient une vie très-austère. Les bâtiments étaient vastes, somptueux, mais le mobilier était modeste. Dans le réfectoire, en effet, il n’y avait que de la vaisselle de terre et des cuillers de bois. Chaque cellule renfermait trois planches, une pail-

1. Le devis et la pièce qui précède, inédits, appartiennent à notre confrère M. Victor Bouvrain, qui a bien voulu nous autoriser à les publier ici. Le devis est intéressant en ce qu’il fait savoir que des armoiries existaient dans les vitraux et qu’il donne des prix de matériaux à cette époque. Il est reproduit in extenso aux Pièces justificatives (A).

L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE

lasse, des draps de serge, un oreiller de laine, des couvertures, un prie-Dieu, un crucifix, une chaise, trois images; la cellule de la mère abbesse était meublée de la même façon. Il n’y avait que quatre vieilles cuillers d’argent, fort minces et bossuées, qui ne servaient qu’à l’infirmerie; une casserole d’argent, indispensable à la pharmacie pour certains remèdes, n’était autre que la vieille bassinoire d’Anne d’Autriche. La basse-cour se composait de trois vaches, un cochon, deux cents poules et plusieurs paires de pigeons.

La bibliothèque contenait 2,850 volumes.

En 1790 il y avait encore à l’abbaye seize religieuses de chœur, cinq sœurs converses et deux novices.

L’inventaire des meubles et immeubles de l’abbaye, dressé le 27 février de cette même année, constate que ses revenus montaient à 79,058 francs 10 sous et 6 deniers et les charges à 35,222 francs1.

La grande révolution du dernier siècle supprima complètement l’administration religieuse du Val-de-Grâce. L’hospice de la Maternité y fut installé pour peu de temps2 et le 3 juillet 1793 la Convention nationale décrétait ce qui suit :

« La Convention nationale, ouï son comité d’aliénation, autorise le ministre de la guerre à faire servir la maison nationale du Val-de-Grâce à un hôpital militaire, et charge la régie nationale de faire préalablement constater les lieux contradictoirement avec les agents du ministère. »

Divers ornements de l’église furent enlevés dans un but

1. Voir aux Archives nationales : monuments ecclésiastiques, carton 1038.

2. Décret du 7 ventôse an XII, qui consacra les bâtiments du Val-de-Grâce à un hospice pour les enfants de la patrie et les couches des femmes indigentes.

de conservation. Le groupe en marbre de la Nativité, de François Anguier, placé sur le maître-autel, et le bas-relief de bronze qui ornait le devant de cet autel, furent transportés au Musée des Petits-Augustins, qui venait d’étre installé par Alex. Lenoir1. L’église fut transformée en magasin central des hôpitaux. De là ont été expédiés les milliers de ballots de linge et de charpie destinés à panser les blessés des glorieux champs de bataille de la République et de l’Empire. En 1792 nos armées avaient remporté la victoire de Fleuras qui débarrassait la France de l’étranger. Le ballon qui avait servi à épier les mouvements de l’ennemi fut rapporté dans l’église du Val-de-Grâce où il resta suspendu à la coupole pendant de longues années.

Les soldats malades furent reçus au Val-de-Grâce seu-

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lement à partir de 1814. Des bâtiments nouveaux y furent élevés en 1838 2 .

C’est en 1827 que l’église fut rendue au culte.

11 existe plusieurs gravures anciennes du monastère et de l’église du Val-de-Grâce, celles de Marot sont les plus remarquables.

Quant aux plans manuscrits qui sont conservés aux Archives nationales, et que le docteur Baudens attribue à Mansart, nous ne pensons pas, nous l’avons dit, qu’ilsre montent aussi loin. L’un d’eux est un plan général du monastère, à l’échelle de deux millimètres pour mètre environ, sans date, indiquant les jardins, et qui paraît remonter au moins au règne de Louis XV 5 car les terrains qui bordent la rue Saint-Jacques, occupés par des maisons depuis cette époque,

1. Par suite de l’initiative qu’avait prise le philanthrope la Rochefoucault, président du Comité d’aliénation, en vertu d’un décret de l’Assemblée nationale.

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